Mûre, peut-être bien qu'Esther Waeber Kalbermatten l'était il y a dix ans déjà. Le comité cantonal du Parti socialiste valaisan voulait alors en faire l'héritière du fauteuil gouvernemental délesté par le bouillant Peter Bodenmann, forcé à une retraite prématurée pour une compromettante affaire privée. La promise refusa. Thomas Burgener, son voisin au parlement, s'engagea sans opprobre dans une élection-formalité.

Aujourd'hui, la relève du conseiller d'Etat viégeois fait rappeler le second rôle sur scène. Dans un parti qui s'est juré de «favoriser l'éligibilité d'une femme», noir sur blanc par le biais d'une résolution, Esther Waeber Kalbermatten a l'avantage du genre. A la table d'un buffet de gare, elle se force à la retenue, pèse tous ses mots, trie méticuleusement ce qu'elle peut dire ou ne pas dire alors qu'elle n'est pas encore désignée officiellement par le parti. Sur le papier, elle cumule les attributs au succès. Par les circonstances politiques du moment, surtout.

Les louanges des PDC et des radicaux

Il s'esquisse -lentement mais sûrement- autour de l'élue haut-valaisanne une sorte d'alliance objective. Le PDC du Valais romand qui a très tôt mis au placard sa candidate féminine, Marie-Françoise Perruchoud-Massy, fait plus que s'accommoder à l'idée de voir la Briguoise siéger auprès des siens - pourvu qu'ils soient trois. Selon Raphy Coutaz, «il y a un appel de la base pour une femme au gouvernement. Le PDC n'a pas répondu à cet appel, si les socialistes peuvent le faire, tant mieux. Il se trouve qu'Esther Waeber Kalbermatten a un passé politique et du crédit.»

Une femme, pourvu que ce soit chez les autres

Le Parti libéral-radical (PLR), qui reconduit Claude Roch (LT du 1.09.2008), claque lui aussi la porte au nez à une candidature féminine, Lise Delaloye, mais se régale de la trame: «Je suis sûr qu'une femme sera élue», livrait même le conseiller d'Etat radical au Temps. Pourquoi alors Léonard Bender, président du PLR, cacherait-il son engouement? «Si elle est désignée par son parti, cela ne fait à mon avis pas un pli qu'elle sera élue. Elle est compétente, d'une extraordinaire franchise, pas adepte des petits calculs politiques.»

Bref, le PDC et le tout frais PLR s'applaudissent déjà mutuellement de cette composition à quatre mains. Ils ont trouvé un consensus à même de garantir la formule «magique» au gouvernement (trois PDC, un radical, un socialiste). «Je suis plus favorable à la présence d'un socialiste que d'un UDC au Conseil d'Etat», souligne Raphy Coutaz. Esther Waeber Kalbermatten est juste la cerise sur le gâteau, une sorte d'agréable effet collatéral au statu quo. L'occasion de faire élire une femme au gouvernement - elle serait la première - sans avoir à sacrifier des hommes dans ses propres troupes.

A l'origine du Bureau de l'égalité

Or, pour que tous les regards se tournent vers elle, elle est nécessairement plus que cela. Sereine au milieu de l'agitation, elle sort de sa retenue et tranche avec honnêteté: «J'ai toujours lutté pour la cause des femmes. Une candidature, puis une élection: ce serait une belle manière de boucler la boucle. Même si je n'ai pas multiplié ces engagements par pur égoïsme.»

L'élue briguoise apparaît aujourd'hui comme «davantage qu'une excellente option, une des meilleures chances de rassembler un maximum de suffrages», selon le président du PS valaisan, Jean-Henri Dumont.

A 56 ans, dix ans après son refus, Esther Waeber Kalbermatten est un bon retour sur investissement pour le parti. Entre-temps, elle a affûté un certain sens gouvernemental au Conseil municipal de Brigue. Douze années dans l'exécutif qui l'ont passionnée, dit-elle. Elles furent un solide appoint à seize autres passées sur les bancs du Grand Conseil où elle ne s'était alors pas contentée d'un rôle de figurante. En 1989, elle fut à l'origine d'une motion qui a abouti à la création du Bureau de l'égalité. Ses enfants sont aujourd'hui hors «du nid». Pharmacienne indépendante, elle vient de décrocher un post-grade en management qui consolide sa confiance à assumer un mandat de conseillère d'Etat. «Je me sens prête. Plus qu'une continuité, ce serait un vrai challenge. Le Haut-Valais est légitimé à compter deux conseillers d'Etat. Le siège socialiste n'est pas remis en cause. Sachant que le contenu est plus important que l'enveloppe, je ne fais pas une fixation sur l'atout femme, mais en tant que personne, je connais mes capacités à négocier avec tous.»

L'inconnue Stéphane Rossini

Reste alors la désignation officielle par sa section, puis son investiture par le Congrès fin novembre. Reste aussi à écarter définitivement le scénario qui verrait Stéphane Rossini prétendre à un siège. Le grand oublié de la précampagne, Jean-Noël Rey, n'aurait pas non plus tiré ses dernières cartouches. Tout compte fait, une candidature de la Briguoise, unique ou renforcée par une candidature romande, se dessine aujourd'hui comme le scénario le plus rationnel. De son perchoir, Peter Bodenmann, «simple membre du parti» mais qui a toujours le langage vif pour commenter les intrigues de campagne, rit doucement: «Auparavant, le PRD et le PS s'alliaient contre le PDC. Aujourd'hui, le PRD, le PDC et le PS s'allient contre l'UDC. Que voulez-vous? Le Valais change.» Peut-être a-t-il changé jusqu'à élire une femme de gauche.