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Femmes dans les exécutifs communaux: la stagnation

Une recherche de l’Université de Lausanne montre que la proportion de femmes dans les municipalités, après avoir atteint près de 25%, ne progresse plus

La Suisse est mal classée dans les comparaisons internationales pour la représentation des femmes dans les fonctions politiques. La majorité féminine que le Conseil fédéral a connue brièvement avec quatre dames entre 2010 et 2011 est l’exception qui confirme la règle. Globalement, à l'échelle fédérale et cantonale, la proportion d’élues n’atteint pas le tiers.

Une recherche de l’Université de Lausanne portant sur les exécutifs communaux en 2016 montre qu’à ce niveau, c’est encore moins, à peine le quart. La place des femmes dans les municipalités connaît même depuis une quinzaine d’années une véritable stagnation. «Une représentation féminine plus forte dans la politique locale, qui est souvent la première étape des carrières politiques, favoriserait beaucoup une plus grande présence aux niveaux supérieurs», estime le politologue Andreas Ladner, de l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap), l’un des auteurs de l’étude.

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Plafond de verre

A défaut de statistiques officielles, qui n’existent pas pour les communes de moins de 10 000 habitants, l’Idheap sonde à intervalles réguliers l’ensemble des collectivités suisses, avec un taux de réponse de 60 à 80%. A la fin des années 1980, 60% des communes suisses ne comptaient pas une seule femme dans leur exécutif. Les choses ont changé depuis lors, puisque aujourd’hui la part des communes gérées exclusivement par des hommes s’est réduite à 15%.

La proportion de femmes au sein des exécutifs communaux a connu une forte croissance dans la dernière quinzaine d’années du XXe siècle, puisqu’elle est passée de 7,3% en 1988 à 24,4% aujourd’hui. Mais après une forte progression, cette proportion d’élues s’est stabilisée depuis dix ans autour d’un petit quart, un taux qui semble s’être installé comme un plafond de verre. Seul le Conseil des Etats fait moins bien, avec 15% de femmes.

Plus de femmes en ville

Le pourcentage moyen subit des variations selon la taille des communes. Les femmes sont les mieux représentées dans les exécutifs des communes de plus de 20 000 habitants, où elles occupent désormais environ 30% des sièges, après une augmentation soutenue ces dernières années. Cette hausse peut témoigner du plus grand soin que mettent les partis à promouvoir les candidatures féminines, estime Andreas Ladner, ainsi que de la forte présence dans les villes des listes de gauche, sur lesquelles les femmes sont en général plus nombreuses. En revanche, la part des femmes ne varie guère dans les petites communes, que celles-ci soient rurales ou périurbaines.

Sur le plan géographique, la part de femmes dans les exécutifs communaux est légèrement plus élevée en Suisse romande qu’en Suisse alémanique, nettement plus qu’au Tessin. Les cantons avec les municipalités les plus féminines sont Bâle-Ville, Genève et Lucerne. Le bas du classement est occupé par Glaris et Schwyz.

Rendre les fonctions plus attractives

L’échelon politique local est en général celui où règne le moins de concurrence, analyse Andreas Ladner, car les volontaires pour les postes à pourvoir sont souvent rares. L’explication selon laquelle les électeurs discrimineraient les femmes et leur bloqueraient la voie au profit de candidats masculins est donc peu vraisemblable à ce niveau. «C’est probablement l’organisation des fonctions communales qui devrait être rendue plus attractive, estime encore le politologue lausannois. Visiblement, le système de milice convient moins aux femmes qu’aux hommes. Je vois que les femmes sont assez nombreuses en Suisse centrale, sans doute parce qu’on y a créé des postes à 20 ou 30%.»

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