Les hommes et les femmes sont-ils égaux en matière de santé? Non! Les femmes vivent plus longtemps, mais souffrent aussi davantage et doivent assumer des coûts plus élevés. C’est ce qui ressort de la publication «Statistiques de la santé 2019» de l’Office fédéral de la statistique (OFS).

Le scientifique Joël de Rosnay parle d’«une vie en plus» pour toutes et tous. L’espérance de vie ne cesse d’augmenter en Suisse: en 2017, elle s’élevait à 81,4 ans pour les hommes et à 85,4 ans pour les femmes. Depuis l’an 2000, les hommes ont gagné 4,5 ans et les femmes 2,8 ans. Mais est-ce vraiment un cadeau, comme le laisse entendre l’essayiste français, qui espère vivre jusqu’à 110 ans? La vraie question est celle de «l’espérance de vie en bonne santé».

La moins bonne qualité de vie des femmes

A cet égard, les statistiques de l’OFS mettent un bémol pour les femmes. A la naissance, cette espérance de vie là se chiffre à 70 ans environ, avec un écart qui s’est réduit à un an en faveur des femmes. «C’est le grand paradoxe, relève Renaud Lieberherr, l’un des auteurs de la publication statistique. Les femmes vivent plus longtemps, mais leur qualité de vie semble moins bonne.»

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Jusqu’à récemment, la santé s’appréhendait surtout par des indicateurs que l’approche classique biomédicale considérait comme fiables et valides: des mesures objectives comme des tests cliniques ou des diagnostics effectués par des professionnels. Mais une approche nuancée de la santé ne peut plus se contenter de ces seuls critères.

On recourt donc également à des enquêtes de population dont la dernière, effectuée en 2017, se base sur les réponses de 22 000 personnes représentatives de la société. Parmi les nombreux aspects abordés, la santé auto-évaluée offre une bonne synthèse de l’état de santé des gens. «C’est un indicateur désormais lui aussi reconnu comme fiable, même s’il faut rester prudent. Dans les comparaisons internationales, il convient de tenir compte des spécificités culturelles», explique Renaud Lieberherr.

Les femmes fument moins (23% contre 31% pour les hommes) et surtout boivent beaucoup moins

De manière générale, les Suissesses et les Suisses se portent bien. Jusqu’à l’âge de 44 ans, ils sont plus de 90% à s’estimer «en bonne ou très bonne santé», et encore 77% entre 65 et 74 ans. Mais les femmes souffrent davantage que les hommes. Sur le plan physique, elles sont plus nombreuses à se plaindre de maux de dos ou de tête, voire d’une faiblesse généralisée. Selon les âges, l’écart se chiffre entre 7 et 12%.

Les comportements plus sains des femmes

On constate ce même différentiel concernant la détresse psychologique «moyenne ou élevée». Il s’agit là d’un indicateur évaluant la qualité de la vie liée à l’état de santé mentale sur la base d’états émotionnels comme la nervosité, le cafard ou encore l’abattement. Cela débouche sur une plus forte consommation de médicaments de la part des femmes. Si l’on ne prend en considération que les substances psychotropes, soit les calmants, les antidépresseurs ou les somnifères, les femmes sont 11% à avoir consommé au moins un médicament lors des sept derniers jours, contre 6% des hommes.

Pourtant, les femmes ont des comportements plus sains que les hommes. Alors que les diététiciens déconseillent de manger de la viande plus que quatre fois par semaine, les femmes se tiennent bien davantage à cette recommandation: 25% d’entre elles seulement consomment trop de viande, contre 46% pour les hommes. Elles mangent aussi beaucoup plus de fruits et de légumes.

Les femmes fument aussi moins (23%, contre 31% pour les hommes) et surtout boivent beaucoup moins. Elles sont même 20% de moins à consommer de l’alcool au moins une fois par semaine et deux fois plus abstinentes qu’eux. Même si, en dix ans, le nombre de jeunes femmes de 15 à 24 ans s’adonnant à une ivresse ponctuelle – soit plus de quatre verres à une seule occasion – a doublé.

Bien que la Suisse reste l’un des pays du monde où la part des personnes souffrant d’un excès de poids est la moins élevée, le surpoids et l’obésité deviennent lentement un problème, touchant désormais 42% de la population. Là aussi, les femmes sont moins concernées que les hommes, dont une majorité sont en surpoids ou obèses dès l’âge de 35 ans.

Les statistiques révèlent clairement des biographies de santé spécifiques au sexe. Les femmes ont davantage recours à des prestations médicales entre 15 et 60 ans et au-delà de 86 ans, tandis que les hommes «consomment» plus de soins entre 60 et 85 ans.

Les coûts de santé sont également concernés

En chiffres, les coûts de santé des femmes s’élèvent à 19 milliards, contre 14 milliards pour celle des hommes dans le cadre de l’assurance de base. Mais il convient de préciser que cette assurance ne prend en charge que 40% des prestations annuelles, qui s’élèvent désormais à plus de 80 milliards.

Sur ce montant, l’OFS ne peut que procéder à une estimation relative à 2017: 45 milliards pour les femmes et 35 milliards pour les hommes. Il ne faut cependant pas en déduire trop hâtivement que les premières paient plus que les seconds: une partie non négligeable de ces coûts est financée par les impôts, assumés davantage par les hommes.

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