Élections fédérales

Les femmes en marche sur le Palais fédéral

Jamais les femmes n’ont été si nombreuses à briguer un siège au Conseil national: elles sont 1900, soit 40% des candidats. Mais une analyse révèle de fortes disparités entre les partis

Ce 20 octobre sera l’heure de vérité pour les femmes. Cinq mois après le succès de la grève des femmes, on saura si le peuple élit un parlement plus féminin, capable de dégager des majorités sur le thème de l’égalité. Peu avant l’échéance, les indicateurs sont au vert. Jamais la proportion de femmes sur les listes électorales pour le Conseil national n’a été aussi élevée: elle franchit la barre des 40%, affichant une hausse de près de 6%. Présidente de la faîtière des sociétés féminines Alliance F, Kathrin Bertschy se veut confiante: «Le prochain parlement sera plus féminin et progressiste», pronostique-t-elle.

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La conseillère nationale (Vert’libéraux/BE) relativise pourtant. «Actuellement, nous ne sommes nulle part», rappelle-t-elle. Enfin, presque: le Conseil national compte 32% de femmes et le Conseil des Etats 13%. La situation est effectivement «très mauvaise en comparaison européenne», résume Adèle Thorens (Les Verts/VD).

«Les partis bourgeois ont bougé»

La bonne nouvelle, c’est que la proportion de femmes progresse dans tous les partis, à l’exception notoire du PBD de l’ex-conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf. Ce n’est pas une surprise: les Verts (55%) et le PS (51%) affichent même des listes plus féminines que masculines. En revanche, les fronts ont bougé à droite de l’échiquier politique. «Le thème est désormais vraiment pris au sérieux par les partis bourgeois», note la présidente de la Commission fédérale pour les questions féminines, Yvonne Schärli. «Lorsque le PDC a choisi de présenter à l’Assemblée fédérale un double ticket féminin pour succéder à Doris Leuthard, il a envoyé un signal fort», ajoute-t-elle.

C’est vrai, mais là aussi, on constate de fortes disparités. Le PDC (40% de femmes) et le PLR (37%) ont fait le job, mais pas l’UDC, lanterne rouge avec seulement 22% de femmes sur ses listes. Dans deux cantons, Schwytz et Schaffhouse, le plus grand parti de Suisse ne présente même aucune femme. Vice-présidente de l’UDC suisse, Céline Amaudruz ne cache pas un certain embarras. «Cette proportion est insuffisante», reconnaît-elle. Elle s’explique en partie par «les violentes critiques» que doivent encaisser les femmes UDC qui s’engagent dans le parti.

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Faut-il cependant s’étonner du fait que l’UDC ne séduise que peu de femmes, elle dont l’ex-président et actuel conseiller fédéral Ueli Maurer cultive volontiers l’image de la femme au foyer? Céline Amaudruz balaie ce qu’elle considère comme un cliché. «C’est l’étiquette que nos adversaires veulent donner de nous, mais elle ne correspond plus à la réalité. Au sein de la présidence nationale du parti, nous sommes trois femmes – Magdalena Martullo Blocher, Andrea Sollberger et moi – sur sept.»

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Le thème de l’égalité inexistant dans les débats

S’il faut se réjouir du nombre croissant de candidates, il reste à savoir si le peuple va les élire. Cela dépend beaucoup de la place qu’elles occupent sur les listes des partis. Présidente des femmes PLR, Doris Fiala s’est battue comme une lionne pour que les listes soient plus féminines (+ 6,6%). Mais elle ne cache pas que le but n’est pas atteint dans son propre canton de Zurich, qui dispose de 35 mandats au Conseil national. «Les places décisives sont les dix premières de notre liste principale, et là nous n’avons que trois femmes», déplore-t-elle. Lorsque le parti cantonal a avalisé la liste en avril dernier, elle s’est abstenue.

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Au front depuis des mois, la candidate argovienne au Conseil des Etats Marianne Binder raconte une campagne difficile pour les femmes. Elle a participé à 25 débats publics, dont deux seulement ont abordé le thème de l’égalité, totalement éclipsé des préoccupations plus urgentes chez les gens: le climat, les coûts de la santé et l’Europe. La politique reste avant tout une affaire d’hommes: «Aucun de ces débats n’a été animé par une femme», constate-t-elle.

Jamais les femmes ne se sont autant mobilisées que cette année. Ce lundi, la Commission fédérale pour les questions féminines et cinq associations faîtières représentant un million de femmes ont lancé un appel en faveur d’un «parlement moitié-moitié». C’est peu réaliste cette année déjà. Mais Kathrin Bertschy vise 75 femmes au Conseil national et 11 aux Etats.

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