L’association des sociétés féminines de Suisse Alliance F n’est pas contente du tout du plan de législature du Conseil fédéral, que le Conseil national traitera lundi prochain. «Le gouvernement n’a pas fait ses devoirs», déplore sa coprésidente Kathrin Bertschy. La commission ad hoc réclame des messages en faveur d’une meilleure conciliation des vies professionnelle et familiale, ainsi qu’au sujet de l’imposition individuelle.

Le mardi 8 septembre, l’espace d’une petite heure, la politique a cédé le pas au football. Emmenées par la ministre des Sports Viola Amherd, une vingtaine d’élues des deux Chambres ont fondé le FC Helvetia au stade du Wankdorf, à Berne. «Les femmes sont plus sportives et respectueuses de l’arbitrage que les hommes, plus collectives aussi», souligne la conseillère fédérale. «Cette équipe, c’est un symbole marquant notre volonté de travailler ensemble au-delà des clivages partisans», déclare Sophie Michaud Gigon (Les Verts/VD). «Notre but, celui de l’égalité, est le même, même si nos chemins sont parfois différents pour l’atteindre», ajoute la sénatrice Johanna Gapany (PLR/FR).

Respecter la volonté populaire

Les femmes auront bien besoin d’une solidarité renforcée entre elles, tant le plan de législature est discret sur ce thème. C’est presque comme si la grève du 14 juin 2019, qui a vu 500 000 personnes descendre dans la rue, n’avait pas existé. Et comme si aucune vague violette n’avait déferlé sur le parlement le 20 octobre, où siègent désormais 83 femmes au Conseil national et 12 au Conseil des Etats. Dans son message sur le plan de législature, qui s’étale sur 130 pages, le Conseil fédéral s’est fixé 18 objectifs. Il consacre tout juste dix lignes au combat pour l’égalité, le temps de formuler une vague promesse, celle d’élaborer «une stratégie nationale». «Je suis à la fois étonnée et très déçue. Le Conseil fédéral n’a pas tenu compte de la volonté populaire», se désole Kathrin Bertschy.

Près de quarante ans après l’inscription d’un article sur l’égalité dans la Constitution, c’est le «désenchantement». Les progrès sont lents, très lents. Dans toutes les comparaisons internationales, la Suisse apparaît au mieux en milieu de classement, parfois derrière le Rwanda et l’Afrique du Sud. Et la passivité du Conseil fédéral surprend Alliance F car, en 2007 déjà, celui-ci avait lancé un vaste programme national de recherche qui s’était achevé en 2014. C’est dire que les chantiers à mener sont connus depuis belle lurette.

Prochain objectif, le congé parental

Lundi prochain, Alliance F a bien l’intention d’élever le ton non seulement pour les rappeler, mais aussi pour élaborer des plans d’action concrets. Le tout premier concerne la conciliation du travail et de la famille. Trois quarts des femmes disposant d’une formation dans le secteur tertiaire regrettent que l’arrivée d’un enfant péjore leurs perspectives de carrière professionnelle. En Suisse, elles ne sont guère incitées à travailler, tant les places en crèche sont chères: entre 110 et 130 francs par jour, dont les deux tiers à la charge des parents.

La Confédération, les cantons et les communes devraient ainsi investir bien davantage dans ces structures pour lesquelles ils ne consacrent actuellement que 0,1% du PIB. Cela place la Suisse à l’avant-dernier rang des pays de l’OCDE. Pour Alliance F, il est «inévitable de débloquer des investissements supplémentaires étatiques», de manière à réduire le fardeau des parents. Elle prône la création d’un fonds de financement porté par les trois collectivités publiques.

Dans la même optique, l’association faîtière des organisations féminines compte bien ne pas se contenter du congé paternité de deux semaines après le très probable oui du peuple le 27 septembre prochain. Elle appelle de ses vœux un congé parental à se répartir équitablement entre les deux parents. Elle privilégie un modèle de 28 semaines, car c’est avec un congé de cette durée que le taux d’activité des femmes est le plus élevé, selon une étude européenne. Cela coûtera certes plus de 1 milliard de francs. Mais il faut y voir un investissement plutôt que de nouvelles charges sociales. Non seulement l’Etat y gagnera des rentrées fiscales supplémentaires, mais il s’épargnera en outre des coûts sociaux lorsqu’il faut compléter les rentes des femmes à l’heure de la retraite.

Introduire la fiscalité individuelle

C’est ici le prochain combat: dans la prévoyance professionnelle, selon des statistiques datant de 2018, les femmes touchent une rente (1550 francs) presque deux fois inférieure à celle des hommes (2950 francs), ce qui les expose à la précarité. Cette situation est due au fait qu’elles cotisent moins au deuxième pilier en raison d’un seuil – la déduction de coordination – fixé à 25 000 francs par an. «Il faut supprimer ce seuil qui pénalise les femmes, mais aussi tous les couples qui privilégient le travail à temps partiel», exige Alliance F.

Selon elle, une politique familiale moderne se doit aussi d’introduire la fiscalité individuelle, un serpent de mer de la politique suisse tant les partis se déchirent à ce sujet. Comme vient de le montrer une étude du laboratoire d’idées Avenir Suisse, l’actuel système de l’imposition conjointe des couples mariés pénalise le deuxième revenu, beaucoup plus taxé que le premier. Or, ce sont les femmes qui en sont les premières victimes, elles qui réduisent souvent leur temps de travail après leur maternité, alors que les hommes ont tendance à l’étendre.

Au Conseil fédéral, Alliance F devra aussi compter sur la solidarité féminine. Car la plupart de ces réformes sont pilotées par des hommes: Alain Berset, Guy Parmelin et Ueli Maurer.