Elle était annoncée comme la votation la plus importante de la législature: la révision de l’AVS. Avec une question fondamentale: les femmes et les hommes prendront-ils leur retraite au même âge – c’est-à-dire à 65 ans? En 2017, un premier projet allant dans ce sens avait été refusé par la population.

Cette fois-ci, l’augmentation de l’âge de la retraite serait accompagnée d’une hausse de 0,4% de la TVA. Cette mesure fait partie d’un vote séparé et nécessite la double majorité du peuple et des cantons.

Dernières tendances: Selon deux sondages, la réforme de l’AVS serait acceptée

Pour les défenseurs d’AVS 21, l’objectif est d’assurer le financement de cette assurance sociale. Pour ses adversaires, ce projet entend exclusivement faire des économies sur le dos des femmes. Ils craignent aussi que la prochaine étape soit une augmentation de l’âge de la retraite à 67 ans pour toutes et tous.

Cette votation est clairement un combat gauche-droite, mais la campagne a eu de la peine à démarrer. Ces dernières semaines, les fronts se sont tendus, et le oui devrait, au final, l’emporter selon les derniers sondages. Celui de gfs.bern, réalisé pour le compte de la SSR, estimait que 59% des votants soutiendraient cette réforme. Toutefois, on risque d’assister à un net clivage entre femmes et hommes, et la majorité des cantons romands pourraient refuser ce projet.

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Ce scrutin est aussi un match dans le match entre les deux hommes forts de la gauche suisse: le conseiller fédéral Alain Berset et le président de l’Union syndicale suisse, Pierre-Yves Maillard. Deux hommes qui, en 2011, s’étaient affrontés dans la course au gouvernement. Pour le ministre de la Santé et des Assurances sociales, en opposition avec son parti sur ce sujet, l’enjeu est de taille: une victoire lui permettrait d’améliorer sérieusement son bilan politique.

L’élevage intensif: clivage ville-campagne?

Les questions agricoles restent un sujet qui passionne les Suissesses et les Suisses, une nouvelle fois appelés à voter sur cette thématique. Cette fois-ci, il s’agit de l’initiative voulant interdire l’élevage intensif. Les opposants à ce texte soulignent que la loi suisse sur la protection des animaux est déjà l’une des plus strictes du monde. Quant aux initiants, ils considèrent que la dignité animale n’est pas suffisamment respectée.

Le sujet est émotionnel, mais il n’a pas provoqué les débordements qui avaient surgi au moment des initiatives anti-pesticides. Selon les derniers sondages, ce texte serait rejeté par 52% des votants, mais une large majorité des cantons devraient dire non. Cependant, un clivage ville-campagne est attendu sur cet objet. Sur le plan politique, le Conseil fédéral et la droite s’opposent catégoriquement à ce texte.

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Des soucis pour Ueli Maurer

Ueli Maurer a du souci à se faire. Encore une fois, l’une de ses réformes fiscales pourrait passer à la trappe. La population avait largement (62,7% de non) refusé en février la suppression du droit de timbre, et elle pourrait faire de même avec l’impôt anticipé. C’est de nouveau la gauche qui a lancé le référendum. Elle reproche à cette réforme de donner de nouveaux privilèges aux grandes entreprises, et elle engendrerait, selon les référendaires, une perte fiscale de 800 millions de francs par an. Selon le Conseil fédéral et la majorité du parlement, ce projet permettrait de mettre fin à une délocalisation du marché obligataire et créerait de nouveaux emplois en Suisse. C’est probablement autour de cet objet qu’il y aura le plus de suspense ce dimanche. Le dernier sondage gfs.bern annonçait 47% de oui et 44% de non, mais le rejet était en progression. Au final, la gauche pourrait bien fêter une nouvelle victoire en matière fiscale.

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Assurance dentaire: une première suisse?

Plusieurs scrutins cantonaux ont aussi lieu ce week-end.

Tout d’abord à Neuchâtel, qui pourrait devenir le premier canton à adopter une assurance dentaire. Par le passé, Vaud et Genève avaient rejeté une initiative semblable. L’objectif du texte est de garantir la santé bucco-dentaire de l’ensemble de la population, indépendamment de ses moyens. Cette nouvelle assurance serait financée par une contribution des collectivités publiques et un prélèvement sur la masse salariale, partagé entre employeurs et employés.

L’idée ne plaît pas à la droite ni à la Société suisse des dentistes (SSO), qui estiment qu’elle met en péril l’attractivité économique du canton et déplorent encore que les soins les plus coûteux ne soient pas pris en charge.

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Droit de vote à 16 ans encore une fois refusé?

Un autre objet cantonal sera très suivi: l’introduction du droit de vote à 16 ans dans le canton de Berne. Cette proposition avait été balayée en mai dans le canton de Zurich et le Grand Conseil genevois vient de rejeter, lui aussi, cette réforme des droits politiques. A Berne, la majorité du parlement cantonal soutient cet abaissement, mais il est loin d’être sûr que la population le suive. Les promoteurs de cette réforme rêvent, eux, d’un succès qui relancerait leur combat. Même si, au final, c’est sur le plan fédéral que cette question devrait être réglée. La commission des institutions politiques du Conseil national vient de mettre en consultation un projet accordant le droit de vote à 16 ans.

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Un conseil de la magistrature dans le canton de Vaud

Les Vaudois votent plutôt rarement sur des objets cantonaux. Et cette fois-ci, le sujet ne les passionne pas vraiment. Il s’agit de la création d’un conseil de la magistrature qui serait un organe unique de surveillance de la justice. Vaud est aujourd’hui le seul canton romand à ne pas disposer d’une telle institution. Les opposants, issus des rangs de l’UDC et de la gauche radicale dénoncent une trop grande concentration du pouvoir entre les mains d’une seule entité. Les autres formations politiques et le Conseil d'Etat soutiennent la création de ce conseil qui aurait trois missions principales: la surveillance administrative du Tribunal cantonal et du Ministère public, la surveillance disciplinaire des magistrats, ainsi que l’établissement des préavis pour les candidatures lors des élections de juges cantonaux ou du procureur général. Cette entité sera composée de neuf membres: cinq magistrats, deux avocats expérimentés et deux personnes issues de la société civile.

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Le Vatican s’invite à Lucerne

Un vote qui peut surprendre du côté de Lucerne. La population devra dire si elle accepte de participer à la rénovation de la caserne des gardes suisses au Vatican pour un montant de 400 000 francs. Seize cantons, dont le Valais, Fribourg et le Jura ont déjà accepté de délier leur bourse, sans que cela fasse polémique. A Lucerne, socialistes, Vert·e·s et vert’libéraux ont lancé un référendum car ils estiment que le Vatican est «assez fortuné pour payer lui-même».

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L’école en continu à Zurich?

En ville de Zurich, un vote intéresse toutes les grandes villes du pays: l’introduction d’un système unique d’école à horaire continu pour les 36 000 enfants scolarisés dans la commune la plus peuplée du pays. Le but: prendre en charge, dans toutes les écoles, les enfants du matin au soir. Soutenue par la majorité des partis, la réforme doit encore être approuvée dans les urnes, sur la base de deux variantes plus ou moins onéreuses.

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Yverdon: la droite se disperse

Et, pour terminer, une élection sera très suivie dans le canton de Vaud. Les Yverdonnois doivent élire le successeur du municipal PLR Jean-Daniel Carrard. Et après son succès acquis lors des dernières élections cantonales, la droite vaudoise connaît ses premières difficultés. Dans la deuxième ville du canton, elle n’est pas parvenue à s’entendre sur un candidat commun pour le premier tour. Le PLR espère conserver son siège avec le conseiller communal François Armada. Mais l’UDC a lancé Pascal Gafner, et Le Centre, devenu très ambitieux après l’élection surprise de Valérie Dittli au Conseil d'Etat, présente Anne-Laure Vallon. Les vert’libéraux ont eux aussi voulu se profiler avec Laurent Thiémard. Cette scission pourrait faire le jeu de la gauche. Solidarité-Ecologie présente Ella-Mona Chevalley qui sera soutenue par les socialistes et les Vert·e·s. Un scénario à la lausannoise, c’est-à-dire six municipaux de gauche et un seul de droite, n’est pas exclu. Ce qui serait un séisme politique dans une ville où la droite était encore majoritaire lors de la législature précédente.

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