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La conseillère nationale Alice Glauser (UDC/VD) propose à l’assemblée des délégués de revenir sur la décision de supprimer la section Femmes UDC Suisse.
© LUKAS LEHMANN

Partis

Les Femmes UDC Suisse, en mode survie, tirent leurs dernières cartouches

La conseillère nationale Alice Glauser (UDC/VD) tente d’organiser la résistance contre la suppression de la section féminine nationale

Le temps presse et les signaux sont à l’orange pour la section Femmes UDC Suisse. Abasourdie par la volonté de la direction du parti de tirer la prise de cet organe, la conseillère nationale Alice Glauser (UDC/VD) mène la fronde. Elle a déposé vendredi dernier l’amendement de la dernière chance, qui demande le maintien de la section. Ce dernier sera discuté lors de l’assemblée des délégués le 23 avril prochain.

Alice Glauser, qui est aussi présidente des Femmes UDC romandes, continue d’espérer un revirement de dernière minute. Mais elle l’admet, sa lutte se passe dans une indifférence presque générale pour l’instant. «Pendant la session des Chambres fédérales du printemps, avec quelques femmes UDC, nous avons essayé de trouver un appui auprès d’autres collègues féminines et de la direction du parti, sans trop savoir au final si c’était oui ou non.»

La présidente a claqué la porte

Sa mission s’est encore compliquée suite au départ de la présidente de la section Femmes Suisse, Judith Uebersax, qui a claqué la porte de l’UDC, écartée du futur comité directeur. «Elle s’est vexée, commente Alice Glauser. Nous aurions dû essayer de lui trouver une remplaçante dans l’optique d’une survie de la section. Mais je n’ai pas eu le temps de le faire. Et j’estime moi-même n’avoir plus l’âge de reprendre la faîtière».

Malgré tout, Alice Glauser compte beaucoup sur le soutien des sections UDC romandes à son amendement. Sera-ce le cas? «Je pense qu’une section femmes UDC, c’est bien. Mais je n’en fais pas une priorité», affirme à titre personnel Céline Amaudruz, future vice-présidente romande de l’UDC. La Genevoise précise: «Les femmes peuvent s’engager sans que de telles sections existent. Mais je suis consciente que ces dispositifs peuvent les encourager à le faire encore davantage.»

Sections femmes dans les cantons

De fait, depuis l’annonce en janvier de la fin prévue de la section femmes, aucune section cantonale n’a manifesté son désaccord auprès du secrétariat central de l’UDC, nous a indiqué Silvia Baer, secrétaire générale adjointe du parti. Seules une ou deux réactions féminines sont venues s’opposer à la vision du comité directeur. Avec la refonte de la direction du parti, la section seniors disparaîtra également. Silvia Baer précise: «Nous estimons aujourd’hui que nous n’avons plus besoin de telles sections centralisées. En revanche, nous saluons le fait que les cantons continuent à en entretenir selon leurs besoins». Elle explique encore: «La présence d’une section Femmes au niveau national a perdu en importance au fil du temps. Aujourd’hui, lorsque l’on parle d’asile par exemple, quelle différence existe-t-il entre les hommes et les femmes?»

Et en termes de politique de genre, le programme 2015-2019 de l’UDC est clair, il préfère parler de politique pour «l’être humain, la famille et la communauté». Parmi ses objectifs à ce chapitre figure la suppression des bureaux d’égalité et d’autres services publics «qui réglementent la vie privée des gens dans le but de rééduquer la société».

«Pour les jeunes»

Lire aussi: La vidéo de Camille contre la testostérone de l’UDC

Dans ses conditions, pourquoi vouloir à tout prix maintenir une section Femmes UDC Suisse? «C’est important. Vous avez beau avoir des avis et des impulsions peut-être plus sociales ou féminines au niveau des sections cantonales, sans représentation au niveau suisse, c’est difficile à faire remonter», estime Alice Glauser. L’agricultrice de Champvent soupire. «Nous avons dans le canton de Vaud une nouvelle équipe de jeunes femmes qui a envie de se manifester. Ce serait quand même dommage de tout arrêter maintenant.»


«Cet affaiblissement reflète le programme de l’UDC»

Oscar Mazzoleni, politologue à l’Université de Lausanne, n’est pas surpris par la disparition prévue de la section Femmes UDC Suisse. Elle reflète une vision, qui séduit aussi des citoyennes

LeTemps: En décidant de supprimer sa section Femmes, l’UDC apparaît-elle comme un parti machiste? Ou au contraire avant-gardiste?

Oscar Mazzoleni: La question se pose différemment à mon avis. Elle touche à l’existence d’une organisation autonome des Femmes au sein de l’UDC Suisse et pourrait s’articuler ainsi: les femmes ont-elles besoin d’exprimer leur spécificité en politique? Je ne suis pas surpris de la réponse donnée par l’UDC. Si pour ce parti, il n’y a pas une question féminine en tant que telle, c’est une vision traditionaliste du rôle de la femme dans la société qui prime, au sein de la famille et en politique. L’affaiblissement de l’organisation interne semble refléter ce choix programmatique.

– Malgré cette vision, parfois qualifiée de passéiste, l’électorat féminin vote volontiers pour l’UDC. Faut-il y voir un paradoxe?

– Non. On a bien vu par le passé, à l’occasion de votations récentes sur l’encouragement des structures d’accueil ou la défiscalisation de la garde des enfants à la maison qu’il n’y a pas une seule conception de la famille et du rôle de la femme au sein des votantes. Une partie des citoyennes suisses expriment par leur vote une vision traditionaliste, d’autres une vision plus progressiste. La stratégie électorale de l’UDC, axée sur la valorisation du rôle traditionnel de la femme, contribue certainement à expliquer le soutien des électrices à ce parti.

– Au fond, est-ce que cela fait encore sens aujourd’hui pour un parti d’avoir une section femmes?

– Plusieurs raisons expliquent l’existence de sections femmes et jeunes dans les partis aujourd’hui. Le souhait est de donner des marges de manœuvres à des catégories que l’on considère peut-être moins aptes à jouer un rôle important dans le parti. Donc on développe un système facilitateur, des structures adaptées à leur engagement et à leur promotion. C’est une tradition en Suisse qui remonte pour les femmes, par exemple, aux années 1970-71 à l’époque de l’introduction du suffrage féminin. C’est le PDC qui a introduit le premier une section femmes au niveau national, sans pour autant exprimer une conception féministe de la politique. Mais il s’agissait de donner aux femmes un lieu sans pression qui leur permette de s’exprimer et de contribuer à capter les attentes des électrices.

– L’UDC privilégie les sections Femmes selon les besoins des cantons. Comment l’expliquer?

– La suppression de la section femme nationale n’implique pas que l’intérêt des femmes UDC pour des structures autonomes s’estompe. Elle continuera à s’exprimer sous d’autres formes, notamment au sein des sections cantonales du parti. Si c’est le cas, on pourrait s’interroger sur l’effet que la centralisation du parti – l’UDC est le parti suisse le plus centralisé – peut avoir sur la place des femmes dans la formation politique. Dans ce sens, la crise de la section féminine de l’UDC national peut être vue autant comme l’effet du choix programmatique que comme celui de l’organisation du parti qui privilégie l’unité et la cohésion plutôt que la logique des différences.

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