Convoqués à l’Hôtel de la Paix à Lausanne pour une conférence de presse des hôteliers romands, les journalistes découvrent un hôtel désert, dans lequel les pas résonnent. Privé d’école, et accompagnant sa maman, un petit garçon regarde un dessin animé dans le coin d’un salon. La branche est inquiète et le mot est faible: elle subit de plein fouet les conséquences économiques liées au virus.

Les cantons annoncent l’un après l’autre la fermeture de leurs bars et restaurants, mais les hôtels ne sont pas concernés, hormis en Valais. Le Conseil fédéral l’a encore répété lundi soir.  «On a de la peine à comprendre pourquoi on maintient les hôtels ouverts alors qu’on ferme tous les lieux de rassemblements, commerces et restaurants», résument les hôteliers romands, perplexes. Le canton de Vaud va même laisser ouverts les restaurants annexés aux structures hôtelières de manière limitée aux clients qui passent leur nuit dans lesdites structures.

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Chômage partiel pour les indépendants

«Il est fondamental que les pouvoirs publics prennent conscience de l’extrême gravité de la situation qui se transformera en catastrophe pour la branche si les effets économiques du coronavirus perdurent. Les licenciements seront malheureusement inévitables et des faillites d’établissement hautement probables. Dans une branche où le recrutement est déjà suffisamment difficile, il est fondamental que les hôtels, dans la mesure du possible, puissent conserver leur personnel pour reprendre l’exploitation après la crise.» Face à des chiffres d’affaires en chute libre, Alain Becker, directeur de l’Association romande des hôteliers, liste trois priorités.

«Premièrement, nous demandons que la procédure pour la réduction de l’horaire de travail (chômage partiel) soit simplifiée et étendue aux indépendants et aux travailleurs qui disposent d’un CDD (contrat à durée déterminée).»

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Eviter les faillites

Deuxièmement, l’association demande la possibilité de réduire le poids des charges à court terme, par des allégements d’impôts et de factures diverses. «Nos charges fixes sont extrêmement élevées», expose le président Philippe Thuner. «Nous demandons aux collectivités publiques de nous venir en aide en assurant les liquidités pour éviter des faillites. Je tiens à rappeler que l’hôtellerie est indispensable à l’activité économique d’un canton, car 90% de son chiffre d’affaires est redistribué dans l’économie locale.»

Enfin, les hôteliers romands revendiquent «l’urgence économique». «Nous avons besoin de réponses rapides! Il est capital que des services clés tels que la Caisse cantonale de chômage et le service de l’emploi soient renforcés afin de faire face aux demandes sous lesquelles ils vont crouler. Il faut impérativement que le chemin à parcourir entre l’entreprise et le chômage soit le plus rapide possible. Nous demandons que des gens soient formés pour répondre aux besoins des services de l’emploi.»

Marie Forestier, directrice de l’hôtel Bon Rivage à La Tour-de-Peilz, fait part de la difficile décision qu’elle a prise le matin même. «Je suis obligée de fermer les portes de l’hôtel, dit-elle la gorge serrée. Durant le mois de mars, le taux d’occupation y était de 8 à 10%, j’ai perdu 85% de mon chiffre d’affaires alors que mes charges n’ont pas baissé. C’est un gouffre économique, je grignote sur mes réserves mais une chose est sûre, je ne vais pas pouvoir réinvestir ces prochaines années, cela va me créer des problèmes à long terme.»

Réquisitionner les hôtels pour les malades? Pas pour l’instant

«Espérons que l’on n’ait pas besoin de réquisitionner les lits des hôtels à cause de services surchargés à l’hôpital, mais si on en arrive là, nous serons évidemment prêts à collaborer», reprend Philippe Tuner. «Par contre, on pourrait imaginer que certains métiers hôteliers viennent en renfort du monde hospitalier.»


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