Alpinisme

La fermeture d’une cabane met la Haute Route en émoi

Le tarissement de la source qui approvisionne la cabane de Chanrion cause sa fermeture. Du côté des gardiens des cabanes de la Haute Route, l’indignation se fait sentir

La nouvelle est tombée comme un couperet. Vendredi 16 mars, la page Facebook de la cabane de Chanrion annonce sa fermeture pour la saison hiver-printemps 2018. Le tarissement de la source qui, d’habitude, l’approvisionne en eau est à l’origine de cette décision. En un week-end, la cabane située à 2462 m au pied du Grand Combin, dans le val de Bagnes, s’est replongée dans sa torpeur hivernale.

Ce sommeil forcé indigne: cette cabane est un passage quasi obligé de la Haute Route alpine, prestigieuse traversée entre monts et glaciers, qui permet de rallier Chamonix à Zermatt à skis de randonnée. Tous les acteurs touristiques qui font vivre l’itinéraire sont concernés par cette décision. «Le problème n’est pas la fermeture en soi de cette cabane, mais l’effet boule de neige et l’impact sur la Haute Route», s’insurge Olivier Genet, gardien lui-même de la cabane du Trient, une des premières haltes de l’itinéraire alpin.

Deux cents annulations en deux jours

Les effets que le gardien redoute n’ont pas tardé à se faire sentir. En un week-end, les annulations se sont multipliées auprès des responsables de cabanes. Isabelle Balleys, la gardienne de Valsorey, est la plus touchée. Son gîte constitue l’étape qui précède celle de Chanrion. «Depuis vendredi, j’ai déjà reçu 200 annulations», explique-t-elle. Elle attendait entre 600 et 1000 nuitées cet hiver. De l’euphorie engendrée par un enneigement idéal et une année de Patrouille, elle passe en quelques jours à des pages blanches sur le carnet des réservations.

La Haute Route est le principal prétexte pour venir se réfugier sous son toit, à 3037 m au-dessus de Bourg-Saint-Pierre. «Il y aura bien des randonneurs qui viendront pour un autre itinéraire, mais ils forment une minorité face à ceux qui visent Chanrion», livre la gardienne au téléphone.

Guides de montagne touchés

Du côté des guides de montagne, le désarroi se laisse aussi entendre. Nombreux sont ceux qui proposent la Haute Route à leur agenda. «Nous pouvons envisager un autre itinéraire et contourner Chanrion, mais pour certains clients, c’est la Haute Route ou rien. Et nous sommes contraints d’annuler», se désole l’un d’eux, qui désire rester anonyme.

La cabane de Chanrion est située avant un désert de 8 kilomètres incarné par le glacier d’Otemma. A son extrémité nord-est, la cabane des Vignettes est le point de ralliement de tous les randonneurs de la Haute Route alpine. Pour Jean-Michel Bournissen, son gardien, il est encore difficile de connaître les conséquences qu’induira la fermeture de la cabane du val de Bagnes. «On a eu beaucoup d’appels pour changer les dates. Toutefois, les gens n’annulent pas. Ils s’organisent. Nous sommes beaucoup moins touchés que Valsorey, concède-t-il. En revanche, l’ouverture de la cabane cette année est la plus difficile que j’aie jamais vécue.»

Une saison particulière

Les masses de neige accumulées durant la saison additionnées au grand froid ont endommagé la plupart des refuges d’altitude. Aux Vignettes, la liste est longue: panne de génératrice, gel, retour d’urine dans les eaux, ventilation des toilettes hors d’usage… Une somme de soucis que les gardiens doivent affronter tant bien que mal, alors que l’affluence des randonneurs s’intensifie.

Au fond, être gardien de cabane, c’est devoir s’adapter autant que les randonneurs à la situation. Dans cette optique, la fermeture de la cabane de Chanrion pour la saison apparaît aux yeux de certains comme un abandon qui ternit l’image de la Haute Route ainsi que celle de la légendaire hospitalité alpine. «Il y a toujours une solution!» avance Jacky Farquet, ancien gardien de Chanrion. «En 2003, après la canicule, la source était aussi tarie. J’ai choisi de faire fondre de la neige. Ça donne du travail, mais j’avais maintenu la cabane ouverte.»

Décision irrévocable

Cette année, le tarissement de la seconde source, située en aval de la cabane de Chanrion, a fait baisser les bras des gardiens et de la section genevoise du Club alpin, propriétaire des lieux. Impossible d’assurer les 10 à 15 litres d’eau nécessaires par client chaque nuit. La cabane demeurera fermée. Seul un espace de six places sera à disposition, sans gaz, ni pierre ollaire, ceci pour des questions de sécurité.

Pour Marc Renaud, membre de la Commission des cabanes de la section de Genève, la décision est irrévocable. «Nous faisons cela à contrecœur, mais nous nous sommes mis d’accord avec la section de La Chaux-de-Fonds, qui possède Valsorey, et nous communiquerons des itinéraires alternatifs à la Haute Route qui passeront par leur cabane.» En 2019, la vieille bâtisse de Chanrion sera remise à neuf, de quoi éviter peut-être ce genre de désagrément à l’avenir.

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