René Eicher est fou de rage. Le maire de Tavannes a appris lundi soir de la bouche du conseiller d'Etat Mario Annoni, chef de l'Instruction publique, que l'école professionnelle sise sur sa commune sera fermée le 31 juillet 2004. «Enfant de Tavannes, j'ai toujours côtoyé cette institution, d'abord installée dans des locaux communaux, aujourd'hui dans un bâtiment appartenant au groupe horloger ETA. Devoir déposer la couronne mortuaire sur cette école plus que centenaire fait très mal.»

La raison de la fermeture est financière. La location du bâtiment coûte 80 000 francs par année, auxquels il faut ajouter le même montant pour ses charges. La Confédération offre une petite subvention de 23 000 francs. Le canton de Berne a estimé que la dépense de 137 000 francs était superflue. «La situation des finances cantonales et la nécessité d'une utilisation efficace et économe des ressources publiques ne permettent pas de maintenir de telles charges», justifie le communiqué officiel.

Les 155 apprentis qui fréquentent le centre tavannois seront intégrés aux établissements de formation professionnelle de Moutier et de Saint-Imier. «Nous maintenons la substance dans le Jura bernois», précise l'ancien maire de Saint-Imier John Buchs, délégué francophone de l'Office cantonal de la formation professionnelle. «Le centre de Moutier, qui compte 335 élèves, et celui de Saint-Imier, avec 355 apprentis, peuvent assimiler sans difficulté les pensionnaires de l'école de Tavannes.»

Directeur du Centre professionnel du Jura bernois, qui chapeaute les écoles de Tavannes, de Moutier et de Saint-Imier, Willy Keslin se montre philosophe. Il demande de «comprendre la nécessité pour le canton de Berne de faire des économies». Il subit, avec regret. En 2004, il sera parti à la retraite. Laissant peut-être le champ libre à l'actuel directeur de l'école professionnelle tavannoise André Blanchard, qui, en guise de réaction, s'est contenté d'un sec «no comment!». Mario Annoni a également rencontré la quinzaine d'enseignants de l'école de Tavannes pour les assurer qu'ils retrouveront un poste dans les écoles de Saint-Imier ou de Moutier.

Le monde politique de la région n'admet pas la mesure. René Eicher menace de ne pas dénoncer le contrat de bail avec le groupe ETA. Il sait pourtant qu'il ne pourra pas mettre sa menace à exécution, car la location incombera alors à sa commune. «Nous riposterons autrement, annonce-t-il, au travers de revendications dans le domaine de la promotion économique. Qui nous a toujours oubliés!»

Agressif envers le pouvoir bernois, René Eicher doute aussi de la solidarité à l'intérieur du Jura bernois. L'entrée en vigueur de la nouvelle loi bernoise sur la formation professionnelle provoquera le rachat des écoles par le canton. «Moutier et Saint-Imier, propriétaires de leurs écoles, risquent de les vendre à vil prix. C'est une forme de prostitution pour garder leurs acquis», dénonce le virulent maire de Tavannes. Il s'empresse d'ajouter qu'il ne veut pas se brouiller avec ses amis maires du Jura bernois.

Député au Grand Conseil et conseiller municipal à Tavannes, Jean-Pierre Aellen exprime du dégoût. «Jusqu'ici, nous étions parvenus à nous arranger. Le centre de compétence de la mécanique compte une classe à Saint-Imier, une à Moutier et une à Tavannes. Mario Annoni vient mettre ses gros pieds et imposer son diktat, sans discussion préalable.» A l'heure de la mise en place de l'autonomisation du Jura bernois, le député ne comprend pas. «Je croyais que cette mesure devait apporter un brin de pouvoir à notre région. Là, il n'y a même pas eu de consultation ni de dialogue.» Le député craint aussi que certaines formations ne soient plus enseignées dans sa région, à l'instar des professions agricoles qui sont passées de Loveresse à Courtemelon ou à Cernier. «La gestion en économie familiale pourrait subir le même sort, intégrée dans une autre école de l'association BEJUNE.»

Une fois son amertume ravalée, René Eicher annonce la couleur: «Nous allons continuer de nous battre. Quitte à sortir le bâton pour se faire comprendre.»