Peu avant son entrée en fonction, en juin 2005, Fernand Cuche avait eu cette phrase prémonitoire: «Mon accession au Conseil d'Etat marque probablement le début de mon impopularité.»

Le ministre vert ne pensait pas si bien dire. Une année et demie plus tard, il est la cible de critiques répétées. A droite, on fustige l'incapacité de l'ancien syndicaliste paysan aux sympathies altermondialistes à endosser le costume d'homme d'Etat. A gauche, on lui reproche de ne pas être à la hauteur des espoirs placés en lui.

Bien sûr, le contexte n'est pas favorable. Confronté à des finances exsangues, contraint de respecter le cadre contraignant du frein à l'endettement, le Conseil d'Etat à majorité rose-verte passe le plus clair de son temps à rationaliser. «Fernand», comme l'appellent ses amis politiques, suit le mouvement sans grande conviction. D'un côté, il répète le slogan «pas de tabous» cher à ses collègues. De l'autre, il doute, «mal à l'aise» face à certaines mesures gouvernementales.

Son bilan intermédiaire à la tête du Département de la gestion du territoire (DGT) renforce encore ce sentiment de flou. Obligé, faute de moyens, de renoncer à plusieurs grands projets, comme un plan Wahlen de l'énergie, il essaie tant bien que mal d'exister.

Des pavés dans la mare

Il utilise pour cela une arme que le syndicaliste et parlementaire fédéral affectionnait tout particulièrement: lancer des pavés dans la mare. Il a notamment proposé un Conseil d'Etat «à temps partiel» et l'installation d'éoliennes sur le lac de Neuchâtel. Dans un contexte financier difficile, ces idées passent mal. «Fernand ne voit pas toujours comment communiquer, reconnaît le député vert Patrick Erard. Au Château, il n'a plus la même liberté de parole qu'à Berne. Cela péjore son image.»

Cette communication particulière a pourri le dossier «grand tétras», au point de secouer la République durant l'été. Pour protéger le gallinacé emblématique de l'Arc jurassien, Fernand Cuche a décidé de mettre en place des périmètres de protection très étendus. Dans sa première version, le projet prévoyait de préserver de toute activité humaine pas moins d'un cinquième de la forêt neuchâteloise. Dans les milieux touristiques et sportifs, cette proposition jusqu'au-boutiste a été perçue comme une provocation.

L'étonnement a rapidement fait place à la colère. Face aux contraintes environnementales imposées par le DGT, la ville de La Chaux-de-Fonds a renoncé à organiser les Masters de course d'orientation. Tollé dans les Montagnes: les retombées économiques de la manifestation étaient estimées à 3,5 millions de francs.

«Ayatollah de l'écologie»

Désarçonnée par un gouvernement qu'elle peine à attaquer sur le terrain financier, la droite a fait de Fernand Cuche une cible de choix. Le grand tétras est devenu l'emblème de l'action du magistrat, décrit comme «un ayatollah de l'écologie» qui veut faire du canton de Neuchâtel «une réserve d'Indiens».

Déjà irritée par le report de la construction du tunnel de Serrières, la minorité bourgeoise exige un changement de politique. «Fernand Cuche légifère pour interdire. Il devrait agir dans l'intérêt général», regrette Jean-Claude Baudoin, président du Parti libéral. «Il faut renommer son département «Département des interdictions et des taxes», ironise le député UDC Walter Willener.

Le désamour a gagné une partie de la gauche. «On sent poindre une certaine déception dans nos rangs, confie le président du POP, Denis de la Reussille. On attendait qu'il s'engage plus en faveur du Haut du canton, où les investissements sont insuffisants. On attend toujours.» Les Verts regrettent quant à eux la trop forte propension de leur ministre au consensus. Le président Laurent Debrot juge ainsi «insuffisant» le projet de Conception directrice de l'énergie accepté la semaine dernière par le Grand Conseil. Malgré ce battage, Fernand Cuche entend garder le cap. Avec l'espoir de convaincre du bien-fondé de sa démarche. Les Neuchâtelois trancheront en 2009: l'élu écologiste, 60 ans, a d'ores et déjà annoncé qu'il sera à la disposition de son parti pour un second mandat.