Écologie politique

Fernand Cuche: «Les Verts ne sont pas une lubie, ils sont une nécessité»

Figure écologiste, l’ancien élu fait part de son inquiétude face la débâcle des Verts aux élections fédérales et de ses espoirs de voir se réaliser un «éveil citoyen pour l’écologie». À ses yeux, les partis écologistes doivent davantage s’exprimer sur l’immigration et l’économie, premières préoccupations des citoyens

Figure de l’écologie politique, ­Fernand Cuche, 69 ans, n’a jamais quitté sa petite maison de bois, perchée sur le flanc du Jura, au-dessus de Lignières (NE). Agriculteur bio, il a suivi la campagne politique avec l’intérêt distancé des anciens élus. Ce samedi, les Verts et les Vert’libéraux se réuniront en assemblée, chacun de leur côté, pour analyser la défaite électorale de cet automne (–4 sièges pour les Verts, –5 pour les Vert’libéraux). A la veille du bilan, Fernand Cuche fait part de ses inquiétudes et de ses espoir.

Comment expliquez-vous le recul des Verts?

L’inquiétude face à une économie fragilisée et aux phénomènes migratoires fait passer l’écologie au second plan. La population craint pour son emploi, ses revenus. L’écologie n’est acceptée que dans les périodes de beau temps. Dès que le ciel s’assombrit, on ne veut plus voir les Verts à Berne. En politique, quand vous avez une longueur d’avance, vous vous heurtez au déni. Les Verts ont cette capacité à mettre le doigt sur ce qu’on ne veut pas voir. Ils doivent continuer à jouer ce rôle d’aiguillon malgré les difficultés.

Quelle est leur responsabilité dans leurs mauvais résultats?

Les Verts ont fait ce qu’ils pouvaient, compte tenu de leurs moyens. Ils étaient là où on les attendait, avec l’initiative pour une économie verte, par exemple. C’est un domaine où ils ne vont pas volontiers, pourtant ils ont réussi à formuler une proposition pour une économie plus écologique.

Le fait que d’autres partis s’occupent aussi d’écologie nuit-il aux Verts?

Si j’avais la certitude que tous les partis avaient acquis une conscience écologique forte et durable, alors je dirais: «OK, nous pouvons disparaître.» Mais c’est loin d’être le cas. L’UDC, premier parti de Suisse, ne parle absolument pas d’écologie. Les Verts ne sont pas une lubie, ils sont une nécessité. Ils doivent dire qu’on n’a pas le choix.

Comment peuvent-ils mieux faire passer leur message?

Le défi des écologistes pour les quatre prochaines années consistera à dire et redire: ce que nous faisons pour l’écologie, nous le faisons pour les hommes et pas pour la nature. La planète s’en sortira, pas nous. Le deuxième message est plus difficile à faire passer: comment rester heureux en consommant mieux, sans avoir l’impression de perdre quelque chose. J’ai quatre petits-enfants. Je souhaite leur léguer des terres fertiles.

Les Verts souffrent d’une image restrictive…

C’est toute la difficulté: prôner un modèle de société où l’on consacre plus de temps à contempler qu’à consommer, cela ne passe pas. A quelques exceptions près, le système économique actuel n’offre pas la possibilité de consommer moins. S’il n’y a plus de croissance, on vacille. Or une société qui impose un seul modèle de vie – trouver du travail et être compétitif – n’est pas saine. Notre addiction à la consommation est aussi dangereuse que celle liée au tabac et à l’alcool. L’enjeu pour les Verts est de faire comprendre que la vie est meilleure et plus riche si nous apprenons à renoncer de temps en temps. Cela passe aussi par un éveil philosophique, porté hors des instances représentatives par des mouvements associatifs.

Le discours des Verts peut-il être plus positif?

En montrant par exemple comment les nouvelles technologies peuvent servir l’écologie? C’est précisément l’objectif visé par l’initiative pour une économie verte. L’innovation peut aussi servir à concevoir des technologies favorables à l’écologie. J’ai été sollicité pour développer un outil de désherbage mécanique: je serais ravi qu’une telle invention permette de réduire les 2000 tonnes de pesticides déversées chaque année par l’agriculture dans la nature.

Pensez-vous que Verts et Vert’libéraux doivent s’allier davantage?

Sur les questions énergétiques, ils sont sur la même longueur d’onde. Je souhaite que les deux partis puissent travailler ensemble, ce serait une économie d’énergie.

Mais les Vert’libéraux considèrent les Verts comme trop à gauche et préfèrent se tourner vers le centre…

Non, nous ne sommes pas trop à gauche. Dans un monde qui peut être d’une grande violence à l’égard des plus faibles, je nomme mon combat humaniste. Je n’ai rien contre l’idée que l’entrepreneur gagne plus que l’ouvrier. Mais cet ouvrier doit être bien payé. C’est d’ailleurs à l’avantage du patron: s’il gagne bien, on peut lui demander davantage.

Qu’est-ce qui vous différencie des socialistes?

Il n’y a pas de différence de fond, à Berne, du moins. Dans les cantons, c’est différent: les Verts jouent encore le rôle d’aiguillon face à des partis de gauche qui se soucient trop peu d’écologie.

Les Verts ont-ils suffisamment parlé de ce qui préoccupe les électeurs, l’économie et l’immigration?

Les élus ne doivent jamais perdre de vue qu’on ne peut transformer les modes de vie sans qu’un minimum de droits ne soient acquis. On ne peut demander à des personnes fragilisées de se préoccuper d’écologie. La cohésion sociale doit être une priorité, pour les Verts aussi. Au sujet de l’immigration, la gauche ne sait pas répondre aux arguments de l’UDC. J’attends des Verts qu’ils admettent que la migration pose des problèmes, ne serait-ce qu’en termes d’aménagement du territoire ou de logement. Cela ne veut pas dire qu’on ne veut pas des populations qui arrivent. Mais les citoyens n’acceptent pas le discours moral, il faut trouver autre chose. Au fond, je ne crois pas que les Suisses sont si opposés à l’étranger que ce qu’on dit.

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