L'été des festivals promettait d'être chaud en ville de Fribourg. Entre les tout nouveaux critères d'attribution de l'aide publique du grand Fribourg qui prétéritent – entre autres – le Festival du Belluard, et les horaires revus à la baisse qui grèvent les revenus de la Jazz Parade, la grogne monte dans le petit monde festivalier fribourgeois. Vu la baisse récente de 20% de leurs subventions par la Commission culturelle intercommunale – une douzaine de communes de l'agglomération fribourgeoise – les organisateurs du Belluard, vitrine de l'expression artistique contemporaine, prévoient une nouvelle formule pour l'année prochaine avec plus de productions locales. La CCI promet pour sa part une adaptation du système pour l'année prochaine avec des ressources supplémentaires.

Pressions des riverains

En cause dans le cas de la Jazz Parade, organisée par l'incontournable Jean-Claude Henguely et sa société Lumière Noire, le nouveau règlement communal promulgué en janvier dernier. Sous la pression de certains riverains, la durée du festival a été réduite à douze jours et la fin des concerts fixée à 23 h 30 la semaine, minuit le week-end. Les stands, eux, bénéficient d'une heure supplémentaire avant de devoir baisser le rideau. Or, c'est là que le bât blesse: «On nous enlève la meilleure heure, se plaint un des locataires, après les concerts, là où l'on fait 20 à 30% de notre chiffre d'affaires. A ce taux-là, je ne vais probablement pas rentrer dans mes frais et si rien ne change, je ne reviendrai pas l'année prochaine.» On comprend sa crainte lorsque l'on sait les tarifs de location des infrastructures: de 15 000 à 90 000 francs selon le type de commerce, l'emplacement et la taille des stands. Or, le festival étant gratuit, ce sont ces locations et les sponsors qui le financent.

La commune s'en tire à bon compte, elle qui se contente d'offrir le nettoyage de la place Python – 70 000 francs tout de même. Pour la première fois cette année, elle a versé 5000 francs de subventions. Nicole Zimmermann, conseillère communale en charge de la culture rétorque que Fribourg ne dispose que «de 1,4 personne au service culturel et 800 000 francs de subventions à répartir entre une bonne trentaine d'associations».

Vers un compromis

Par la force des choses, Nicole Zimmermann prône donc «le dynamisme passionné du privé soutenu par la collectivité publique». Elle s'engage pourtant à reconsidérer la formule pour l'année prochaine. «Il est probable qu'on s'avance vers un compromis: statu quo pour la semaine et prolongation pour le week-end.»

L'Association des riverains, qui goûte fort peu à la méthode Henguely, n'en veut pas tant à la manifestation elle-même qu'au désordre qui l'entoure. «Le règlement nous convient, mais il n'est pas respecté, déplore Me Hartmann, membre du comité. Et puis nous ne comprenons pas la mise à disposition du domaine public à un privé dont on n'est pas en mesure d'exiger le respect des règles relatives à pareil exercice. Cet homme fait ce qu'il veut.» Peut-être, mais il est là et son festival attire les foules, ce dont Fribourg tire profit.

Et Jean-Claude Henguely le sait bien: «Il faut savoir si Fribourg veut se donner les moyens d'avoir un festival au centre-ville ou non. Cette année, ce sont les commerçants qui essuient les plâtres de ce règlement irréaliste.» Et l'homme, malin, de rappeler ce qu'étaient les étés de la capitale fribourgeoise avant son festival…