Fête

A la fête jurassienne, le canton de Berne demeure absent 

Les festivités du 40e anniversaire du Jura se sont déroulées dimanche à Saignelégier en l'absence du canton de Berne. Sa venue a été annulée à la dernière minute pour des raisons de sécurité, preuve que la Question jurassienne reste vive

«Nous avons été informés dimanche matin. Le gouvernement jurassien et la police nous ont annoncé qu'ils ne pouvaient pas garantir notre sécurité», a expliqué le conseiller d'Etat bernois Pierre Alain Schnegg à Keystone-ATS. Le délégué aux affaires jurassiennes du Conseil-exécutif bernois, qui s'est engagé pour le maintien de Moutier dans le canton de Berne, n'a pas voulu faire d'autres commentaires.

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Le conseiller d'Etat francophone ne devait pas faire de discours dimanche. Mais sa seule présence avait été considérée comme une provocation par certains militants autonomistes jurassiens et prévôtois.

«Eléments perturbateurs»

Le Gouvernement jurassien et la police cantonale n'ont pas voulu donner de détails sur une éventuelle menace visant M. Schnegg et le reste de la délégation bernoise. «C'est regrettable mais nous n'avions pas d'autre choix que de les informer que la situation était extrêmement délicate», a souligné le président du Gouvernement jurassien Jacques Gerber.

Le ministre a néanmoins évoqué certains «éléments perturbateurs» qui auraient pu gâcher le fête. «Il y a des groupuscules qui sont restés crochés à un certain passé», a-t-il reconnu, ajoutant qu'un «Etat responsable ne pouvait pas jouer avec la sécurité des Confédérés.»

Cette annulation de dernière minute prouve que la Question jurassienne, et plus particulièrement l'appartenance cantonale de Moutier, demeure sensible. L'ombre de la cité prévôtoise a d'ailleurs, et comme prévu, plané sur les festivités.

L'avenir de Moutier, qui sera réglé devant les tribunaux, a aussi été évoqué par le conseiller fédéral Alain Berset en clôture de la partie officielle. «Nous ne pouvons que souhaiter une décision de droit qui soit rapide et qui permette aux uns et aux autres de savoir enfin à quoi s'en tenir», a dit le ministre de l'intérieur, très applaudi lors de son allocution devant la halle du Marché-Concours.

Frontières pas définitives

Tout aussi acclamé, Jacques Gerber a relevé dans son discours que les frontières du Jura n'étaient toujours pas définitives. «Nous avons hâte de voir cette ville rejoindre la maison jurassienne et qu'elle puisse participer activement à la suite de notre développement», a-t-il lancé.

Le ministre a aussi exprimé sa reconnaissance aux cantons suisses qui ont permis l'entrée en souveraineté du Jura le 24 septembre 1978, lorsque le peuple suisse acceptait par 82,3 % de oui la création du nouveau canton, entré en souveraineté le 1er janvier 1979.«En 40 ans, le Jura s'est donné les moyens d'exister», a-t-il affirmé.

La création du canton du Jura «une grande page de notre histoire contemporaine, une histoire particulière et très forte», a relevé Alain Berset. Le conseiller fédéral s'est saisi d'un drapeau jurassien à l'issue de son discours, avant d'entonner la Rauracienne avec les autres orateurs et la foule.

Egalement invité sur la scène, le président du Mouvement autonomiste jurassien (MAJ) Laurent Coste s'est montré plus combatif au sujet de Moutier, appelant le canton de Berne à ne pas faire obstacle au transfert de la cité prévôtoise dans le canton du Jura. «Moutier a voté. Moutier a choisi. Moutier sait où son avenir se situe», a-t-il asséné.

Manifestation

Avant le début de la partie officielle, environ 300 militants autonomistes ont manifesté pour réclamer le rattachement de Moutier au Jura. Réunis devant le Centre des loisirs de Saignelégier, ils ont rejoint la halle du Marché-Concours avec, en tête de cortège, le célèbre bélier, symbole du mouvement du même nom. Arrivés sur place, ils ont déployé une grande banderole sur le toit du bâtiment où il était écrit «Liberté pour Moutier».

Placée sous haute surveillance policière, la journée s'est déroulée sans incident, hormis l'absence de la délégation bernoise. «C'est le petit couac de la journée», a estimé Jacques Gerber.

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