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Ce qui diffère en 99, c'est l'animation en dehors du spectacles. 99 a pris de la graine de l'édition de 77, critiquée pour son côté «guichets fermés», et propose quantité d'animations musicales, théâtrales, et autres attractions gustatives dans la Ville en fête, dans les caveaux et jardins de Vevey. L'invitation est claire: les non-spectateurs sont priés de venir flâner dans les ruelles et d'y dépenser leur argent. Au chapitre des recettes, ce tourisme-là, très dépendant de la météo, pourrait même valoir à la Fête le bénéfice qu'elle dit ne pas oser espérer. Les billets des 240 000 spectateurs financent déjà 72% du budget. Les donateurs (Les Fondations Leenaards et Sandoz pour 2,3 millions) et sponsors, dits «Compagnons de la Fête» (La Poste, la Banque Cantonale Vaudoise, la Winterthur, Nestlé, Swissair et Edipresse, chacun pour 1 million) rapportent un total de 8,3 millions.

Les «produits dérivés», ou gadgets estampillés FdV sont aussi une source de revenu non négligeable. Le consortium MLPH, constitué pour l'occasion par quatre entreprises romandes, a signé un contrat de licence avec la Confrérie. Cet accord lui a permis de concevoir 80 produits différents et de les mettre sur le marché. Succès attendu pour ces articles distribués dans les boutiques officielles de Vevey et par la maison Veillon. Il est prévu d'écouler au bas mot: 40 000 chapeaux de paille à 10 francs pièce, 30 000 coussins, 20 000 T-shirts, autant de verres à vin, 8000 parapluies à 25 francs, autant de sacs isothermiques, 4000 sacs à dos, 3000 linges de bain, autant de tire-bouchons, 1200 briquets et 800 couteaux suisses, sans oublier les traditionnelles channes en étain, assiettes de porcelaine et médailles, entre autres.

Le consortium reversera entre 5 et 15% de royalties à la Fête. «Il est prématuré de parler de bénéfice, gronde Jacques Schupp, président de la commission des finances, qui craint encore de ne pas rentrer dans ses frais. Espérons le beau temps. On fera les comptes après.»

Autre ressource: les droits de retransmission de la Fête payés à la Confrérie par la Radio et la Télévision suisse romande, sont «de l'ordre du million», si l'on en croit Jacques Schupp. La TSR, qui envoie 200 personnes et 12 caméras sur place, doit se féliciter de n'avoir pas déboursé plus, car pour l'instant, seules six chaînes étrangères ont demandé ces images (des Japonais, BBC, RAI, France 2, France 3 et Arte), et l'Eurovision a décliné l'offre suisse. Emile Felber, producteur des 50 heures de programme spécial FdV à la TSR, ne veut pas déchanter: «Les chaînes veulent voir avant d'acheter, c'est normal. Nous aurons des retombées après.»

Reste que seuls 5% des 240 000 places ont été vendues à l'étranger. Ce peu de retentissement international de la Fête fait presque partie de son esprit et n'est donc pas lié au budget. En mars, plusieurs campagnes de presse devant promouvoir la manifestation dans le monde ont été annulées, les spectacles étant complets. Le paradoxe de l'événement ressemble furieusement à ce qui divise les Suisses: il prône l'ouverture au monde dans une région qui se contente fort bien d'une célébration entre Vaudois.