Mêlée aux quatre mille participants, une troupe d'extraterrestres donnera une touche particulière à l'édition 1999 de la Fête des Vignerons. Courant avec les chœurs, vêtus de costumes étranges, portant perches, antennes, écrans vidéo extraplats ou batteries accrochées à la taille, ce sont les «ouvriers du son». Ils seront une bonne trentaine visibles des spectateurs. D'eux dépend une bonne partie de la réussite du spectacle.

D'eux… et de l'impressionnante logistique qui les relaie en coulisses. «Le niveau technique ici, c'est monstrueux», dit Daniel Demont, assistant régisseur, avant d'enfourcher son VTT pour apporter une pièce manquante à l'autre bout des arènes. La Fête des Vignerons représente un défi de sonorisation au moins aussi complexe que les plus grands opéras en plein air sous le ciel européen ou certains mégaconcerts rock. Elle y répond notamment en testant une première mondiale.

L'ampleur du travail découle d'abord des exigences accrues du public, habitué à des performances élevées dans les festivals. Plus question de le satisfaire par quelques micros sur pied pour les principaux chanteurs, comme en 1977. S'y ajoutent les exigences du metteur en scène François Rochaix. Le spectacle modulera les niveaux et les ambiances sonores – ici un solo délicat, là un soupçon d'écho dans les arènes entre deux passages musicaux amples.

Le troisième élément est la dimension scénique. Cent mètres séparent le kiosque abritant l'orchestre de l'estrade où chanteront certains chœurs. «Cent mètres, c'est un tiers de seconde de retard dans la propagation du son», dit Alexandre Forissier, coordinateur technique de la Fête. Pour éviter une bouillabaisse sonore, des solutions extrêmement pointues ont été retenues.

Premièrement, le son de l'orchestre, évidemment capté par micros, sera diffusé non seulement au public par haut-parleurs, à la radio et à la télévision, mais aussi – par fréquence FM spéciale – à chaque chanteur, équipé d'un discret récepteur-écouteur.

Ce n'est pas tout: comment coordonner à la fraction de seconde la direction d'orchestre et celle des chœurs? Ici intervient la première mondiale. Les techniciens voulaient d'abord placer des écrans vidéo géants diffusant les gestes du chef d'orchestre en plusieurs points des arènes: trop cher (300 000 francs) et encombrant. C'est alors que Daniel Demont a déniché sur Internet des écrans LCD japonais dernier cri, deux fois plus lumineux que les modèles standards. Ce fut une course folle pour les obtenir à temps, adapter les batteries et régler les tuners trop faibles, mais depuis quinze jours, les huit écrans portables et autonomes sont devenus l'indispensable auxiliaire des chefs de chœur, pour un investissement de 80 000 francs. «Sans eux, c'est la panique», dit un technicien.

«Clair, rond, chaleureux»

La prise de son des éléments mobiles, chœurs et chanteurs, est la plus délicate. Près de 80 micros sans fil haute fréquence fonctionneront simultanément. Au total, 200 longueurs d'onde sont mobilisées en parallèle. «Nous avons dû établir une véritable bible de ces ondes avec l'Office fédéral de la communication, dit Angelo Procchio, responsable opérationnel pour la TSR, et ça fonctionne.» Y compris avec les inévitables Natel que des spectateurs distraits auront oubliés de débrancher? Les téléphones portables ne devraient pas créer de perturbations, assure-t-on.

D'où pourraient encore surgir les problèmes? «D'un vent trop violent soufflant dans les micros, ou d'une atmosphère très humide perturbant certaines fréquences, énumère Daniel Demont. Nous ne pouvons maîtriser complètement les éléments naturels.» Pour le reste, Angelo Procchio est plutôt satisfait du son qu'il entend dans les arènes depuis dix jours: «Il est puissant sans être envahissant, clair, rond, chaleureux.»

Une solution qui dérange peu

Les haut-parleurs devaient initialement être accrochés au bras d'une grande grue. L'idée a été abandonnée l'an dernier, et c'est finalement un mât de 28 mètres, décentré, qui sera la source principale de diffusion sonore, les appoints se trouvant dans les quatre tours et le portique des arènes. «Le mât unique est une solution qui dérange peu visuellement et que François Rochaix a même utilisée dans sa mise en scène», dit Alexandre Forissier.

Un mot enfin sur la société qui a été mandatée, à la suite d'un appel d'offres, pour réaliser la régie sonore. Il s'agit d'Hyperson à Romanel-sur-Lausanne, qui s'impose depuis plusieurs années comme une des sociétés spécialisées les plus solides et compétentes au niveau international, malgré sa petite taille (cinq à six collaborateurs réguliers, deux à trois fois plus en période de festivals). Outre la Fête des Vignerons, Hyperson sonorise l'Auditorium Stravinski pour le Festival de jazz de Montreux, deux scènes de Paléo, la tournée de Phil Collins et de très grosses conventions.

Pour la petite histoire, Hyperson a été fondé il y a un quart de siècle par André Crousaz à l'âge d'or du Folk-Club du Vieux-Lausanne. Son responsable actuel, Alain Schneebeli, est aussi le régisseur général de la Fête aux côtés de François Rochaix.