Manifestation

Fêtes de Genève, le bateau ivre

Après que Pierre Maudet a annoncé vouloir reprendre la main sur ce dossier qui a viré au fiasco, le conseiller administratif de la Ville Guillaume Barazzone n’entend pas s’engager davantage. La manifestation semble avoir vécu

Adieu les Fêtes de Genève, vive le grand feu d’artifice, seul probable survivant de la manifestation cette année. C’est notamment ce qui ressort des propos du conseiller d’Etat Pierre Maudet dans la Tribune de Genève, samedi. Le patron de l’Economie vient en effet de prendre position dans ce dossier calamiteux, qui empoisonne le bout du lac depuis trois ans.

Après deux exercices ultra-déficitaires, des rêves de grandeur qui ont tourné au cauchemar, une gestion périlleuse et les licenciements du directeur général de Genève Tourisme et du responsable des Fêtes, Pierre Maudet annonce vouloir reprendre la main. Si le feu d’artifice lui paraît incontournable, tout le reste doit être remis à plat. Il évoque un projet de loi et envisage une fondation de droit public. Il estime aussi que la votation de mars prochain «est pulvérisée par les circonstances». Les citoyens de la Ville seront en effet appelés à choisir entre une version longue ou courte de la manifestation estivale.

«Les Fêtes ont toujours été d’une importance cantonale»

Le ministre n’épargne personne, pas même le conseiller administratif de la Ville de Genève Guillaume Barazzone. Interrogé, celui-ci souhaite avant tout ne pas alimenter une vaine polémique. Mais il reste ferme sur les prix: «La votation conserve sa pertinence, elle sera un signal politique sur ce que le peuple sera prêt à accepter au bord du lac.»

A Pierre Maudet qui évoque l’éventualité d’un engagement de la Ville envers les Fêtes, puisqu’elles se déroulent sur son domaine public, Guillaume Barazzone rétorque: «La Ville organise et autorise chaque été déjà de nombreuses animations comme la Fête de la musique, les concerts au parc La Grange, Ciné transat. Les Fêtes ont toujours été d’une importance cantonale, d’abord destinées à attirer les touristes. Si le canton souhaite leur maintien, il doit apporter concrètement sa pierre à l’édifice et contribuer à la manifestation. La Ville n’a pas pour vocation de se substituer à Genève Tourisme.»

Pour autant, l’élu souhaite le maintien des feux. Pour preuve, la Ville est prête à renoncer à l’encaissement d’environ 250 000 francs de recettes de la Grande Roue, en faveur du feu d’artifice (1,2 million au total, selon la fondation): «A l’avenir, je suis favorable à une discussion générale entre collectivités sur la politique d’animation estivale. Mais à partir de 2019, il appartiendra au canton et aux milieux du tourisme de décider du maintien ou non des Fêtes», estime-t-il.

«Dépolitiser Genève Tourisme»

Celles-ci ressemblent chaque jour un peu plus à un bateau ivre. Car il est malaisé de trouver une solution lorsque personne ne sait clairement ce qu’il veut. «Pas même Pierre Maudet, dont le projet n’est pas limpide, estime Pierre Brunschwig, président du groupe Bongénie. Cette histoire est emblématique d’un problème sans solution.» Pour ce patron, qui avait démissionné en 2017 du Conseil de fondation de Genève Tourisme, «la seule issue serait de dépolitiser l’institution Genève Tourisme. J’en parlais d’ailleurs avec le directeur de Zürich Tourisme, qui s’étonnait qu’à Genève on mélange tourisme et politique».

Genève Tourisme doit faire avec. Tiraillée entre les hôteliers qui craignent l’abandon de la vache à lait, les riverains qui, accablés de nuisances, ont dégainé l’initiative populaire, la Ville qui songe à un nouveau concept estival et le canton qui renvoie tout ce monde dos à dos, la Fondation peine à dégager une ligne de conduite. Ce qu’elle a promis de faire cependant d’ici à la fin du mois. Son président, Yves Menoud, se refuse pour l’instant à tout commentaire, car une réunion du Conseil de fondation aura lieu mardi. Dans ce contexte chahuté, il sera sans doute abondamment question du coup de sac qui fait des étincelles.

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