Manifestation

Les Fêtes de Genève sont à l’agonie

Devant un déficit abyssal de 3,2 millions de francs, la Fondation Genève Tourisme a licencié son directeur, Philippe Vignon, ainsi que le responsable de l’organisation. L’événement lui-même risque de disparaître

Même dans ses cauchemars, la Fondation Genève Tourisme n’avait pas imaginé un tel trou: l’édition 2017 des Fêtes de Genève boucle sur un déficit colossal, à 3,2 millions de francs. Si ce n’est pas de l’argent public, ce montant est tout de même de nature à mettre en péril la fondation, dont les Fêtes ne sont pas la seule mission. Devant une telle débâcle, elle a donc réagi de façon radicale: elle a débarqué lundi matin Philippe Vignon, directeur de Genève Tourisme, avec effet immédiat. Ainsi que Christian Kupferschmid, responsable de l’organisation des Fêtes l’été dernier, pour la fin de son contrat.

Ces licenciements ne sont pas les seules conséquences de deux années consécutives de fiasco financier. L’événement traditionnel lui-même est menacé: «Nous sommes en train de réfléchir à toutes les solutions possibles pour l’édition 2018. Elles vont de rien du tout à différents contours», déclare devant la presse Yves Menoud, président de Genève Tourisme.

Manifestement tendu, il poursuit: «Ce qui est certain, c’est que les Fêtes que Genève a connues jusqu’en 2017 n’existeront plus.» Seule certitude à ce stade, qui ne saura consoler les amateurs du grand feu d’artifice, des concerts et des bars: seule la grande roue est garantie. Si ce scénario devait l’emporter, Genève aura joué la grandeur et la décadence. En passant d’un pompeux concept hors de prix, Geneva Lake Festival, mort en 2016 aussitôt après sa création, non aboutie, à un petit jardin piqué d’un unique carrousel.

Factures hors budget, débordements incontrôlés

Que s’est-il donc passé? Une enquête interne est en cours pour le déterminer. Mais à ce stade, la fondation fait déjà état de dysfonctionnements notoires: factures hors budget, qui explosent aux mois de juin et juillet, travaux effectués et non validés, débordements incontrôlés, aucun suivi administratif sur les dépassements. C’est sans compter le coût de la sécurité de la manifestation, qui aurait pris l’ascenseur et alourdi la charge, selon Yves Menoud. «Les blocs de béton ont coûté 155 000 francs, rétorque le Département de la sécurité et de l’économie (DSE). En regard des 3,2 millions, ce n’est pas cela qui a plombé le déficit.» Les rentrées financières étaient à la hauteur des attentes. Elles n’auront pas suffi.

Si aucune malversation n’a été détectée, ces éléments sentent tout de même la négligence ou le manque de professionnalisme. Un rapport d’audit commandité par l’Etat ne disait pas autre chose, d’ailleurs. En dernier recours, c’est sans doute des politiques que la fondation attend un geste financier. Ce sera difficile à obtenir. De son côté, le DSE dit «attendre des propositions sérieuses et crédibles de la part de la fondation avant de pouvoir se prononcer».

Au vu des finances cantonales, la marge de manœuvre est faible. A la Ville, Guillaume Barazzone n’entend pas prendre position avant la votation du 4 mars qui décidera, aussi, du sort des Fêtes, mais rappelle que la Ville met à disposition le terrain et qu’elle offre des prestations en nature, comme la voirie. La fondation se donne d’ici à février pour tenter de trouver le médicament miracle capable de sauver les Fêtes. Car la formule magique de l’été dernier sur laquelle reposaient tous les espoirs n’a pas opéré.

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