Genève

Les Fêtes de Genève pourraient ne pas avoir lieu en 2017

Les organisateurs concluent sur un succès de Geneva Lake Festival. Mais la Fondation Genève Tourisme avertit que sans un accord d’ici à deux mois avec la Ville et le canton, elle renoncera à l’édition 2017

Harassés mais soulagés. C’est ce qui se lisait sur les visages de Paul Muller, président de la Fondation Genève Tourisme & Congrès, et d’Emmanuel Mongon, producteur exécutif du Geneva Lake Festival, venus présenter lundi un premier bilan des Fêtes de Genève nouvelle mouture. Une opération d’autosatisfaction, appuyée par deux exploitants de stand et de manège et d’un animateur d’une scène, enchantés.

Il faut dire que parvenir à «faire évoluer la vieille dame dans un délai pas raisonnable et malgré les animosités inutiles», selon Paul Muller, relevait du défi. Référence aux polémiques qui ont entaché la bonne marche des affaires: un nouveau concept qui n’est pas parvenu à fédérer; des forains mécontents; des contrats tardifs avec les exploitants, ce qui a provoqué le départ en plein festival de deux attractions, lesquelles avaient pris des engagements ailleurs; un nouveau nom anglais et un artificier et un producteur français à la manoeuvre, assez pour faire grincer des dents.

Un sondage ultra positif

De cette épreuve de force, Emmanuel Mongon estime s’en être tiré avec succès. Sans compter qu’il a fallu, à la dernière minute, revoir le dispositif de sécurité, suite à l’attentat de Nice. Il s’agissait, pour cette édition de transition ramenée à dix jours, de laisser le Jardin anglais respirer, de faire vibrer la Rade aux sons et aux parfums d’ambiances différentes, de pratiquer des prix abordables. Enfin, de proposer un spectacle pyrotechnique mélangeant poésie lacustre et feux magistraux. Mission accomplie, si l’on en croit les 500 visiteurs sondés par les organisateurs. 81% d’entre eux trouvent au nouveau concept des Fêtes une plus-value manifeste; pour 34% d’entre eux, ces Fêtes sont une première, parmi lesquels 30% de Genevois. Etonnant tout de même, tant il est aux urbains matériellement difficile d’éviter la Rade en goguette. Particulièrement apprécié: la parade flottante, l’île végétalisée et la navette gratuite sur le lac. Les organisateurs estiment à 1,2 million le nombre de visiteurs, comme l’an dernier, sans avoir toutefois de mesure précise.

Le montant des pertes encore inconnu

Pas de chiffre non plus concernant le bilan financier, annoncé déficitaire. Avec un budget de 7,5 millions de francs et des investissements importants de la part de la Fondation, notamment en réseaux électriques et d’eau, le montant des pertes est encore inconnu. Les organisateurs assurent avoir vendu 9400 places assises au Grand Feu, recettes qui, avec les redevances payées par les forains et les stands, devront bientôt couvrir les charges. Car l’objectif est d’arriver à l’autofinancement en 2018, comme il était d’usage avec l’ancienne formule.

«Nous allons maintenant nous atteler à des séances avec tous les acteurs concernés afin d’identifier les points d’amélioration», explique Emmanuel Mongon. Car ce succès ne saurait masquer de nombreux commentaires négatifs, postés sur les réseaux sociaux. Ou celui du conseiller d’Etat Luc Barthassat, interrogé par la RTS dimanche, et regrettant la prolifération des places payantes pour cause de rentabilisation. Une vision démentie par les organisateurs. Sans vouloir raviver la polémique, le ministre déclare: «Je me réjouis de pouvoir analyser le bilan lorsqu’il sera disponible. Dans l’immédiat, plusieurs personnes nous ont demandé de les recevoir pour nous faire part de suggestions sur le domaine lacustre ou en matière de mobilité. Je le ferai, comme il est d’usage.»

«Sans accord dans deux mois, la Fondation débranche»

Pas sûr que la polémique s’éteigne. Cet automne déjà, le Conseil municipal de la Ville débattra de l’initiative populaire «Pour des Fêtes de Genève plus courtes et plus conviviales» sur laquelle les citadins pourraient se prononcer en 2017. Paul Muller avertit: «En dessous de dix jours, les Fêtes ne seraient pas viables économiquement.» Un nuage noir, auquel vient s’en ajouter un autre: «Il faut qu’il y ait un accord cet automne entre la Ville, le canton et la Fondation sur les conditions cadres de l’édition 2017, afin d’éviter la situation de l’an dernier. Sans quoi, à mi-octobre, la Fondation débranche», lance Paul Muller. C’est alors qu’on connaîtra la portée véritable de ce succès.

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