Manifestation

Les Fêtes de Genève sont sauvées in extremis

La Fondation Genève Tourisme a arraché un accord à la Ville. La manifestation, plus courte, aura moins de stands et de forains. Pour les terrasses flottantes, il faudra attendre 2017

Il était moins une que les Fêtes de Genève ne sombrent corps et biens dans les eaux de la Rade. Après d’âpres négociations entre la Ville et la Fondation Genève Tourisme & Congrès, les représentants de cette dernière ont sorti de leur manche, mardi, le nouveau concept baptisé «Genève Lac Festival». «Jeudi soir dernier, il n’y avait toujours pas de projet, pas de mandat, avoue Paul Muller, président de Genève Tourisme & Congrès. Nous achoppions sur la durée et la réduction de l’empiètement au sol. De plus, la Ville voulait des détails et nous n’avions que des lignes directrices. Finalement, on a arraché un accord. Mais il ne reste que huit mois pour l’édition 2016, le défi est difficile.»

Pas de contenu

Aussi ne sert-il à rien d’interroger les protagonistes sur le contenu, qui pour l’heure n’existe pas. En revanche, on peut dessiner la géographie de Genève Lac Festival. Pendant dix jours au lieu de vingt-cinq, il se réapproprie la Rade. Comment? En repoussant les manèges en contrebas du parc La Grange sur la Rive gauche et au-delà des Bains des Pâquis sur la Rive droite. La scène live du Jardin anglais tire sa révérence, «faute de moyens, en tout cas pour 2016», explique Emmanuel Mongon, producteur délégué. Elle sera remplacée par des clubs avec DJ sur la rotonde du Mont-Blanc. Le nombre de stands diminue, ils cèdent les bords des quais aux piétons. Pour satisfaire aux exigences de la Ville de réduire de 30% l’empiètement au sol sur trois ans. Des navettes bateaux gratuites relieront les Pâquis aux Eaux-Vives, en attendant une passerelle. Enfin, il faudra attendre 2017 pour admirer les manifestations nautiques et profiter des terrasses flottantes, l’an prochain étant dévolu à des tests techniques. Le grand feu d’artifice, pièce maîtresse, sauve ses couleurs. Il sera revisité, mais là encore, inutile d’exiger des esquisses.

Une course contre la montre est désormais engagée. Avec ce pari: comment garantir la viabilité économique d’un événement autofinancé grâce aux loyers des stands et des forains, à la billetterie des feux et aux sponsors? Budgeté à 7,5 millions de francs en 2016 – en raison notamment d’investissements pour les raccordements en eau potable des stands –, la fondation doit puiser 1,5 million dans ses réserves. Et espérer un retour à l’équilibre pour 2017: «Nous comptons sur le sponsoring privé pour le futur», admet Philippe Vignon, directeur général de la Fondation Genève Tourisme & Congrès. Car la réduction de la durée de la manifestation engendrera une baisse des rentrées de loyers.

«La fondation fait une fleur à la Ville en distrayant le Grand Genève, alors que ce n’est pas sa mission, s’insurge un connaisseur du dossier. Cette année, elle va payer, l’an prochain, elle ne pourra plus. Il sera difficile de trouver des sponsors.» Si la fondation n’a pas jeté l’éponge, c’est peut-être parce qu’elle se refusait à jouer les fossoyeurs d’une tradition vieille de nonante ans; que 20% des nuitées à Genève sont liées aux loisirs – jusqu’à 80% durant l’été – et que les retombées économiques locales avoisinent les 120 millions. Il y avait donc le feu au lac. Et le danger n’est peut-être pas durablement écarté.

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