Rituel immuable. Dès mercredi soir, les quais vont se remplir de monde, des vagues de badauds transiteront d'une rive à l'autre, se croisant avec peine sur le pont du Mont-Blanc. Et samedi soir, au moment du grand feu d'artifice, il n'y aura plus un centimètre carré de libre le long du lac. Le feu d'artifice: ces dernières années, il n'y avait plus que lui pour donner du lustre aux Fêtes de Genève, un peu boudées par les Genevois. En 1995, un véritable vent de fronde populaire s'est même élevé lorsque les organisateurs ont rendu payant l'accès au périmètre des Fêtes.

Depuis deux ans, une nouvelle équipe est en place, sous la présidence de Frédéric Hohl, et elle essaye de donner un nouveau look à la manifestation (à nouveau gratuite), qui souffrait de ringuardise aiguë. Les premières innovations sont apparues l'an passé avec, par exemple, la création de la Lake Parade sur le modèle des Street Parade, long défilé de camions techno tout autour de la Rade. Même le feu d'artifice n'a pas échappé à cette vague de réforme puisque l'été dernier, comme cette année d'ailleurs, un concours d'artificiers est mis sur pied, mettant en concurrence trois pays.

Les Fêtes restent bien sûr une manifestation populaire, avec des bals, des espaces de danses rock, latino, techno, folkloriques un peu partout, des stands de nourritures diverses et variées, des carrousels. Mais une nouvelle dynamique a été insufflée. Cette année, elles côtoient même le gigantisme. Elles s'étendent sur cinq kilomètres et comptent neuf scènes permanentes. Pourtant, explique Frédéric Hohl, «nous raisonnons en terme de fête villageoise. De multiples petites fêtes différentes forment les Fêtes de Genève». Chaque espace a sa spécialité (tropical, danse, rock, variété, mode, classique, oriental, etc.), histoire que le plus de fêtards possible puissent y trouver leur compte.

Par crainte que le programme ressemble à tout et à rien, mais aussi qu'il soit surchargé, Frédéric Hohl estime que cette année sera cruciale: «Il faut qu'en 1999 les Fêtes s'étendent sur dix jours, sinon nous devrons réduire les animations et diminuer la programmation», lâche-t-il. Autre avantage de l'échelonnement dans le temps: cela permettrait de prendre en compte les critiques des visiteurs arabes contre la Lake Parade, qu'ils n'ont pas beaucoup appréciée. Celle-ci pourrait avoir lieu le premier week-end des Fêtes, les manifestations plus traditionnelles étant réservées pour le second.

La cuvée 1998 donnera aussi lieu à quelques expérimentations. Les organisateurs des Fêtes sont toujours pris entre la double exigence de devoir satisfaire à la fois les touristes (en particulier ceux des pays du Golfe) et les habitants de Genève. Pour les premiers, un espace oriental a été créé, mais, précise immédiatement Frédéric Hohl, «il ne représente que le 10% des animations». Pour les seconds, une «Revue d'été» typiquement genevoise a été organisée. Elle a lieu tous les soirs au Jardin anglais sous le Pavillon des Mille Miroirs. Cette revue n'est pas celle du Petit Casino, mais celle du P'tit Music'Hohl, le café-théâtre de Frédéric Hohl.

Pour donner un côté plus culturel aux Fêtes, celles-ci s'ouvrent aussi à la musique classique avec un espace sur l'Ile Rousseau, un peu en retrait de la foule. Les organisateurs essaient d'intégrer les mœurs locales dans un autre registre encore: «A Genève, les gens n'aiment pas tellement danser dans la rue de jour. C'est pour cela que la nouvelle parade brésilienne est programmée la nuit….»

Mais peut-être a-t-on trop résumé les Fêtes aux querelles de goût entre habitants de Genève et hôtes du Golfe, les uns fréquentant la Rive gauche et le Jardin anglais de préférence, les autres les quais devant le Noga-Hilton en une étrange scission. Quoi qu'il en soit, les organisateurs et l'Office du tourisme ont l'intention d'élargir le spectre de la clientèle des Fêtes. Leur ambition: attirer des Suisses, ainsi que des Français, des Belges, des Allemands, des Italiens. «Nous avons commencé à nous attaquer à ces marchés», lance Frédéric Hohl. «Pour la Suisse romande, l'offre des forfaits train-hôtel à 155 francs pour le week-end va dans ce sens».

En suivant un si grand nombre de directions, le président n'a-t-il pas la folie des grandeurs? Non, à en croire l'intéressé, qui ne compte pas diriger les Fêtes plus de cinq ans: «Je veux que les gens soient contents, qu'ils aient fait la fête, les records d'affluence m'importent peu».