Au terme de près de huit heures de débats houleux, le Conseil national a adopté ce mercredi à 115 voix contre 67 la révision de la loi sur la chasse. Ce sont deux visions diamétralement opposées de la Suisse qui se sont affrontées sous la Coupole. D’un côté, celle, plutôt urbaine, des partis de gauche et écologistes (PS, Verts et Vert’libéraux), qui saluent le retour des grands prédateurs. De l’autre, celle, à la fois rurale et urbaine, du bloc bourgeois (UDC, PLR, PBD, PDC) et des cantons alpins, qui considère les animaux sauvages comme nuisibles et défend avant tout l’intérêt des chasseurs et des éleveurs. Quelques jours après la parution d’un rapport alarmant sur l’état de la biodiversité dans le monde, la majorité des parlementaires semble encore considérer que les écologistes crient au loup.

«La Suisse est trop petite»

Le projet tel qu’adopté au National prévoit la «régulation» – également à titre préventif – du loup, mais aussi du castor. Contrairement aux sénateurs, les députés ont refusé d’inscrire le lynx dans cette liste. «Mais le Conseil fédéral pourrait l’y ajouter a posteriori», craignent les associations écologistes, qui déplorent l’issue du débat. La nouvelle mouture permettra en outre aux cantons de se libérer de l’approbation des autorités fédérales, jusque-là nécessaire pour abattre un animal protégé. Cette décision ne souffrira aucun recours, ni des communes ni des organisations de protection de la nature.

La révision de la loi sur la chasse n’a pas manqué de répondre à la tradition fédérale qui veut qu’à thématique émotionnelle, débat virulent: «En ville vous n’y connaissez rien», a d’emblée affirmé la conseillère nationale grisonne Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR). «Avez-vous déjà regardé dans les yeux un éleveur dont les bêtes viennent de se faire déchiqueter par un loup?» enchaîne Franz Ruppen (UDC/VS). «La Suisse est trop petite pour accueillir ces prédateurs», conclut l’UDC. La gauche hoche la tête, Silva Semadeni prend la parole (PS/GR): «Nous avons tellement de cerfs qu’on n’arrive plus à les réguler. Le loup peut nous aider. Et là où il vit, la forêt se porte mieux.» «Voulons-nous éteindre des espèces?» s’insurge Isabelle Chevalley (VL/VD). Au tour de la droite de hocher la tête, les invectives continuent. Les avis, eux, sont faits depuis longtemps.

«Où est passé le virage vert du PLR?»

En fin de journée, les associations de protection des animaux n’ont pu que panser leurs plaies. «Nous avions une loi mesurée qui alliait protection, tirs de régulation et chasse, a déploré le WWF. Elle est désormais complètement déséquilibrée.» Déposée en 2014, la motion du conseiller national Stefan Engler (PDC/GR) pour une meilleure coexistence du loup et de la population de montagne avait pourtant obtenu l’aval des associations écologistes. Ces dernières espéraient pouvoir interdire l’autorisation de chasser certaines espèces inscrites sur liste rouge (tétras-lyre, lagopède, lièvre brun), elles ont ouvert la boîte de Pandore.

«Inacceptable», selon la Verte Adèle Thorens Goumaz (VD): «Réguler des espèces protégées avant qu’elles n’aient créé des dégâts et sans même que des mesures de protection des troupeaux ne soient demandées? Je n’ai pas beaucoup de doutes sur le fait que nous lancerons un référendum.» La Vaudoise assène au passage une pique politique. «Avec les manifs sur le climat, tout le monde veut avoir l’air écolo. Et puis là, il n’y a plus personne. Où est passé le virage vert du PLR?» Interrogé sur la question, le président de l’Union suisse des paysans, Jacques Bourgeois (PLR/FR), n’a vu aucune contradiction dans la position du jour de son parti: «Nous sommes aussi préoccupés par la biodiversité, mais il était important de fixer des conditions-cadres sur cette thématique», dit-il. Comprenne qui pourra. Le texte repasse aux Etats pour les derniers détails. Avant le référendum.