Accusés de snober le rapprochement entre le Jura et le Jura bernois, les gouvernements bernois et jurassien publiaient, en été 1999, une liste de 26 institutions susceptibles de devenir communes aux deux régions. Parmi elles, un projet d'Office interjurassien de la culture.

Malgré les résolutions de l'Assemblée interjurassienne, le dossier s'est enlisé. Les disputes partisanes internes au Jura étaient interprétées à Berne comme une volonté de faire cavalier seul; les déclarations bernoises, prétendant qu'il faudrait attendre 2006 pour que le Jura ait son statut particulier, renforçaient l'envie du Jura de mener sa propre politique culturelle.

L'imbroglio appartient au passé: les deux cantons sont disposés à créer le Service interjurassien de la promotion culturelle. Le parlement jurassien l'a décidé le 28 août et, répondant à un courrier de la ministre jurassienne Anita Rion, le Conseil d'Etat bernois a informé cette semaine l'AIJ et le gouvernement jurassien qu'il «sursoit à la désignation» du successeur de Walter Wenger, délégué culturel francophone bernois qui partira en retraite en janvier 2003, jusqu'à ce que soit créé l'Office interjurassien de la culture, que Berne espère voir se réaliser «dans les meilleurs délais».

Ne reste qu'un obstacle: faire voter par le Grand Conseil bernois une motion du maire autonomiste de Moutier, Maxime Zuber, rejetée dans un premier temps sur pression des francophones biennois, qui craignent d'être oubliés et lésés par le processus. «Le texte passera quand nous aurons rassuré les Biennois», relève le ministre bernois de la Culture, Mario Annoni, déterminé à avancer avec méthode: «Nous commencerons par fixer le cadre de l'institution, en intégrant à la réflexion les services cantonaux et les acteurs culturels du Jura, du Jura bernois et même de Bienne.» Berne et le Jura devront concilier leurs conceptions actuellement divergentes du soutien à la culture. Le délégué culturel interjurassien ne sera désigné qu'une fois la stratégie politique arrêtée.

Porrentruy et Moutier sur les rangs

Dans le Jura, le responsable culturel, Michel Hauser, se dit prêt à discuter. De stratégie et d'implantation du futur office. «C'est vrai que nous avons à Porrentruy, à l'Hôtel des Halles fraîchement rénové, un site remarquable. Mais il s'agit d'être ouvert et souple.»

Défenseur du projet interjurassien, Maxime Zuber jubile: «Nous touchons au but. Mais quelle énergie déployée pour réaliser ce qui apparaissait comme une évidence. Le dossier culturel est central dans le rapprochement interjurassien.» Et d'ajouter que «Moutier, berceau du Jura, est toute désignée pour accueillir l'office culturel», puis d'annoncer qu'il ne relâchera pas la pression: «Comptez sur moi pour veiller à empêcher les discussions de s'éterniser.»

Mario Annoni ne traînera pas les pieds, mais il n'entend pas non plus «bâcler la démarche; car pour qu'il soit accepté, l'office interjurassien a besoin du soutien généré par la réflexion approfondie des acteurs concernés». Il établira un calendrier ces prochaines semaines. «Il faudra du temps, avertit-il. Même si c'est moins compliqué que de créer une haute école interjurassienne, comme nous l'avons fait avec l'Ecole d'ingénieurs de Saint-Imier.»