Le peuple de skieurs que sont les Suissesses et les Suisses peut être soulagé. Même en cette période morose qui annonce des fêtes de fin d’année à célébrer dans une extrême retenue en famille, il pourra s’évader sur les champs de neige. Le Conseil fédéral a renoncé à limiter la capacité d’accueil des stations à 80% de skieurs, comme le prévoyait la première variante que le ministre de la Santé Alain Berset a soumise au collège ce vendredi. Il s’est contenté de réduire aux deux tiers la capacité des moyens de transport fermés, soit télécabines et autres téléphériques.

Cette solution somme toute très libérale a tranché avec le climat d’inquiétude générale. Alain Berset l’a concédé sans ambages. «La situation reste préoccupante.» Elle n’a pas évolué conformément aux attentes des experts de la task force, qui en novembre voulaient réduire de moitié le nombre d’infections de coronavirus tous les quinze jours, de manière à se retrouver à 1000 nouveaux cas par jour à Noël. «Nous en sommes loin en ce moment», a reconnu Alain Berset.

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Si les feux sont verts pour les skieurs, ils ont passé à l’orange pour les milieux de la santé. Ce vendredi, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a annoncé 4400 cas et 100 décès supplémentaires. L’on assiste ainsi à un «aplatissement de la courbe à un haut niveau», selon les termes d’Alain Berset. A un très haut niveau même. Il est trois fois plus élevé qu’au pic de la première vague, même si la situation n’est pas tout à fait comparable.

Romands exemplaires, Alémaniques trop passifs

La courbe évolue de manière asymétrique en Suisse. Alors que les cantons romands ont longtemps été les plus touchés par le coronavirus, la situation s’est désormais inversée. Ce sont désormais les cantons alémaniques qui font souci. Dans huit d’entre eux, le taux de reproduction du virus – soit le nombre de personnes infectées par un malade – dépasse 1, à savoir le seuil à partir duquel la courbe des infections peut reprendre une hausse exponentielle.

D’où l’ultimatum lancé par le Conseil fédéral. Celui-ci somme les cantons dont le taux de transmission est trop élevé d’agir très rapidement. Il procédera à une évaluation intermédiaire lors d’une séance extraordinaire le 8 décembre et décidera le 11 s’il faut leur imposer des mesures plus draconiennes. Le but est d’éviter à tout prix une troisième vague de la pandémie en janvier prochain.

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Alors que la deuxième vague ne se résorbe pas, une question s’impose. La voie choisie par le Conseil fédéral, celle des restrictions ciblées pour éviter le confinement et celle que l’on croyait taillée sur mesure dans un pays qui chérit la responsabilité individuelle de ses citoyens, n’est-elle pas déjà un échec? «Il est difficile de tirer un bilan alors que nous sommes au milieu de la bataille», a répondu Alain Berset.

Celui-ci en a profité pour louer les cantons romands, exemplaires à double titre: d’une part, ces cantons, même s’ils l’ont fait un peu tardivement, ont réagi par des mesures strictes en fermant notamment les restaurants, théâtres et musées. D’autre part, ils ont coordonné leur action, ce qui a porté ses fruits. On en est loin en Suisse alémanique, où seuls Bâle-Ville et les Grisons ont tiré la sonnette d’alarme.

Pour ce qui est du ski, le Conseil fédéral fait toujours confiance aux cantons. Il a décidé de leur confier nouvellement la lourde responsabilité de délivrer des autorisations d’exploitation aux stations. Celles-ci devront bien sûr présenter un «plan de protection strict». Mais les stations ne sont plus totalement maîtresses de leur destin. Les cantons devront trancher en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique, de la capacité d’accueil des hôpitaux et du bon fonctionnement de leur cellule de traçage.

Les cantons alpins «satisfaits»

Dans les deux cantons alpins que sont Berne et le Valais, l’on a salué les mesures arrêtées par le Conseil fédéral. «Nous ferons tout pour les appliquer rigoureusement», commente le Conseil-exécutif bernois. Quant au président du gouvernement valaisan Christophe Darbellay, il s’estime «satisfait et reconnaissant» des annonces, qui sont «très en ligne» avec ce que demandaient les cantons alpins.

Le ministre valaisan de l’Economie ne voit à ce stade aucune raison qui pousserait les autorités cantonales à refuser la demande d’une station. Si l’enneigement le permet, la totalité des stations valaisannes devrait donc ouvrir lors des fêtes de fin d’année.

Christophe Darbellay ajoute que la plupart des critères fixés par la Confédération sont gérables, en raison notamment de l’absence de l’après-ski et d’un très improbable afflux de skieurs étrangers. Il reconnaît que la grande inconnue demeure l’évolution de l’épidémie. «La grande interrogation concerne la capacité du système hospitalier. Va-t-il tenir le choc?» interroge le ministre valaisan. «La situation s’est détendue, mais il ne faut pas sous-estimer le risque d’une nouvelle flambée des contaminations ni la fatigue du personnel hospitalier.»

Pour Laurent Vaucher, le directeur de Téléverbier, l’incertitude concerne la diminution de capacité des cabines. Il craint que cette limitation n’augmente, dans certains endroits, le temps d’attente au pied des installations et donc le risque de voir des files de skieurs s’allonger. Mais dans l’ensemble, les stations sont soulagées, tout en étant conscientes d’être sur le fil du rasoir. «On nous accorde une grande confiance, souligne Fred Pont, le président de Télé Mont-Noble SA. A nous de ne pas la rompre en appliquant scrupuleusement les plans de protection demandés.»