A quoi les milliards du Fonds pour les routes nationales et le trafic d’agglomération (Forta) vont-ils servir? D’une part, ils financeront l’exploitation, l’entretien et l’achèvement du réseau des routes nationales, y compris l’élargissement de tronçons jugés gravement surchargés. D’autre part, ils permettront de réaliser des projets de mobilité dans les agglomérations, soit des routes, des lignes de bus, de tram de métro (le M3, par exemple), des pistes cyclables, des chemins pour piétons. Les réalisations se feront par étapes, le parlement étant invité à voter des crédits d’investissement tous les quatre ans.

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Conçu en 1960, le réseau des routes nationales, long de 1900 kilomètres, n’est toujours pas achevé. Il manque 70 kilomètres, soit 4%, dans les cantons du Valais, de Berne et du Jura. Ces tronçons devraient être réalisés d’ici à 2034. Deux nouvelles autoroutes seront ajoutées à la liste: le contournement de Morges et le Glatttal, au nord de Zurich. Officiellement, la facture de ces deux compléments s’élève à, respectivement, 2,8 et 2,6 milliards, mais il est probable que la barre des 3 milliards sera dépassée. Tout dépendra des variantes retenues.

400 kilomètres de plus

Par ailleurs, le réseau national s’enrichira de 383 kilomètres de routes cantonales. Ce transfert devait initialement être financé par le relèvement de la vignette à 100 francs. Après le non du peuple en 2013, l’idée a été reprise dans le cadre du Forta, sans que le prix du sésame d’utilisation des autoroutes augmente pour autant.

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En Suisse occidentale, les axes Neuchâtel-Le Col-des-Roches (avec les nouveaux évitements de La Chaux-de-Fonds et du Locle, dont le coût est estimé à un milliard), Morat-Thielle, Berne-Bienne, Delémont Est-Hagnau (en direction de Bâle), Martigny-Grand-Saint-Bernard, Spiez-Kandersteg et Gampel-Goppenstein (de part et d’autre de l’ancien tunnel du Lötschberg, que les voitures peuvent franchir par des trains-navettes) font partie de la liste. L’entretien de ces axes incombera à l’avenir à la Confédération. En compensation, les cantons verseront 60 millions par an dans le Forta.

Les axes les plus encombrés pourront être élargis. Sont concernés les contournements de Genève et de Berne ainsi que la portion de l’A1 Berne-Zurich qui se situe entre les bretelles de Luterbach et Härkingen. L’ensemble de ces projets coûtera plus de 20 milliards. Le volume d’investissements de la première étape, à l’horizon 2030, est estimé à 6,5 milliards. L’extension du contournement de Genève de la jonction de Perly à Coppet ainsi que l’amélioration du secteur de Crissier devraient en faire partie, à raison de, respectivement, 1,47 milliard et 143 millions.

Un fonds déjà épuisé

Parmi les éléments qui pourraient être intégrés dans l’étape suivante, prévue jusqu’en 2040, il y a le tronçon reliant Coppet à Nyon (201 millions) ainsi que le désengorgement de l’A9 entre Villars-Sainte-Croix-Cossonay (122 millions), de plus en plus surchargé aux heures de pointe. L’ensemble de cette seconde tranche est pour l’instant devisé à 9,9 milliards.

Et le deuxième tunnel routier au Gothard, dont le coût a été estimé à 2,8 milliards? Etant donné qu’il est considéré comme l’assainissement de la galerie construite en 1980, les moyens nécessaires à sa réalisation seront prélevés sur le budget d’entretien des autoroutes et non sur celui destiné à l’élimination des goulets d’étranglement ou aux nouveaux tronçons. Doris Leuthard martèle depuis le début qu’il n’y aura pas de concurrence de moyens. Il faut cependant relever que les sources de financement sont les mêmes pour les deux types de travaux.

Le volet agglomérations bénéficiera d’une enveloppe annuelle d’environ 390 millions. Sur ce point, le Forta prendra le relais du fonds d’infrastructure créé en 2008. Alors qu’il était censé soutenir des projets urbains et périurbains jusqu’en 2027, il est déjà presque épuisé. Des 6 milliards prévus pour des projets de mobilité en milieu urbain, 5,8 ont déjà été débloqués par le parlement. Des réalisations telles que le Ceva, le tram transfrontalier Bâle-Saint-Louis, le M2, le pont de la Poya ou le tram Berne-Ouest en ont bénéficié. Or, les demandes restent importantes, également de la part de villes de taille moyenne. Les subventions fédérales couvrent en règle générale entre 30 et 50% des coûts d’investissement et complètent les moyens engagés par les cantons, les villes et les communes.