Dans le Jardin de la Perle-du-Lac, à deux pas du Musée d'histoire des sciences, un noyer d'Amérique (Juglans nigra), vieux de 130 ans, cache le ciel de sa somptueuse couronne de vingt-quatre mètres. Et évoque l'exotisme du Nouveau Monde. Ce sont probablement les propriétaires de la Villa Bartholoni qui ont ramené ce spécimen. Variété au très long fût et aux feuilles pennées, le noyer d'Amérique se développe très bien sous les latitudes genevoises.

A gauche de la villa Bartholoni, un tulipier de Virginie (Liriodendron tulipifera), âgé de plus de 150 ans, domine le lac. Selon Roger Beer, directeur du SEVE, des gens viennent de loin pour l'admirer. Souvent planté autour des maisons patriciennes, il suggère lui aussi l'ailleurs. En automne, la frondaison dorée du tulipier contraste avec l'arrière-plan aquatique.

En bordure du parc Barton, un chêne-liège (Quercus suber) remercie le destin. Quelque peu ignoré jusqu'en 1985 et donné pour quasiment mort cette même année, où l'hiver très froid lui avait fait perdre 80% de ses feuilles, il revit une nouvelle jeunesse aujourd'hui. Même s'il est sur le point de souffler ses 150 bougies. On trouve ce genre de chêne avant tout au Portugal et dans le sud-ouest de la France.

Dans le parc de la petite fille d'un grand ministre anglais, Alexandra Barton-Peel, où siège aujourd'hui l'Institut universitaire des hautes études internationales (IUHEI), à gauche du chemin menant à l'OMC, un cèdre de l'Himalaya doré (Cedrus deodara «Aurea») frappe l'œil par ses pointes jaunes. Dix mètres plus loin, un majestueux cèdre de l'Atlas (Cedrus atlantica «Glauca») déploie ses grandes branches bleutées, qui semblent en suspension dans le bleu azur. Le cedrus atlantica abonde au Mont Ventoux. Très vigoureux, il atteint une hauteur de quelque 22 mètres, mais a besoin de haubans pour le soutenir en cas de neige.

Derrière la cafétéria de l'IUHEI, une magnifique plantation de séquoias géants (Sequoiadendron giganteum) a survécu à la mort d'Alexandra Barton qui a refusé, en 1926, de vendre son domaine à la Société des Nations. Elle le léga à la Confédération à «l'expresse condition que les arbres restent dans leur état actuel, sans être coupés.» Ces séquoias, dont le nom était celui d'un chef indien, ont dû être plantés pour l'Exposition nationale des années 1890. Cette espèce, présente dans les Rocheuses, aux Etats-Unis, peut atteindre l'âge de 4000 ans. Age difficile à atteindre ici en raison d'un climat trop sec.

Accentuant la biodiversité du parc des Eaux-Vives, le sapin d'Espagne (Abies pinsapo) est probablement l'une des espèces les plus affectivement liées à Genève. En effet, c'est le botaniste genevois Edmond Boissier (1810-1885) qui le découvrit dans les années 1840 au sud de l'Espagne. Lors de ses multiples expéditions en terre ibérique, il y perdit sa femme, qui succomba à la typhoïde. Disciple de De Candolle, Edmond Boissier pensait que l'Abies pinsapo serait un bon arbre forestier chez nous, car il pousse très bien dans les sols calcaires. Pourtant, son caractère branchu en fait surtout une variété ornementale.

S. Bu.