Justice

Les fidèles de la mosquée An’Nur crient au complot

Dix membres de la mosquée An’Nur se succèdent devant le Tribunal de district de Winterthour du lundi au vendredi pour avoir agressé et menacé de mort deux fidèles

La mosquée An’Nur, à Winterthour, a été longtemps soupçonnée d’alimenter les aspirations djihadistes d’un groupe de fidèles. Plusieurs jeunes partis se battre en Syrie l’ont fréquentée. L’établissement a fait l’objet d’une surveillance des autorités, puis a fini par fermer ses portes définitivement en 2017.

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Son nom revient hanter Winterthour ces jours. Dix membres d’An’Nur se succèdent devant le Tribunal de district de la ville zurichoise jusqu’à vendredi pour une agression survenue entre les murs de la mosquée il y a deux ans. Leur rapport avec l’islamisme violent n’apparaît qu’en toile de fond. Les dix prévenus doivent répondre de séquestration, contrainte, menace et lésions corporelles pour avoir agressé et menacé de mort deux autres fidèles.

Les faits remontent au 22 novembre 2016. Ce soir-là, un groupe retient deux hommes prisonniers entre les murs du lieu de culte et tente de les intimider durant deux heures. Il pense avoir mis la main sur des «espions», qu’il accuse d’avoir orchestré une fuite dans la presse zurichoise. Objet de sa colère: un article paru un mois plus tôt, révélant le discours de haine d’un imam de la mosquée.

Menaces de mort

Ce jeune prédicateur, requérant d’asile éthiopien de 25 ans, avait dit des musulmans qui ne fréquentaient pas la mosquée qu’ils méritaient d’être «bannis, rejetés, évités et calomniés», voire tués, rapportait alors un journaliste alémanique. Depuis, l’imam a été reconnu coupable d’incitation au crime ou à la violence, de représentations de la violence et d’activité rémunérée sans autorisation et condamné à 18 mois de détention avec sursis, ainsi qu’une expulsion de 10 ans.

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L’article avait fait grand bruit et déclenché l’ouverture d’une procédure du Ministère public. Ce soir du 22 novembre 2016, un groupe de fidèles – les mêmes qui comparaissent aujourd’hui devant le tribunal – pense avoir mis la main sur les «traîtres. Les justiciers auraient alors frappé une première victime et enfoncé un billet de 10 francs dans sa bouche pour le punir d’avoir «vendu sa religion.» «Comment devrions-nous te tuer, en te fracassant le crâne, ou en te coupant la tête?», aurait lancé l’un des agresseurs. Pendant ce temps, la seconde victime parvient à envoyer un SMS à la police depuis les toilettes de la mosquée.

Un «complot» des médias et de la justice

Tous les prévenus réfutent cette version des faits, détaillée dans les multiples actes d’accusation. Ils crient au complot entre les médias et la justice pour faire tomber les «méchants salafistes». Les deux plaignants – cibles de l’intimidation – auraient tout inventé pour obtenir de l’argent, disent-ils encore. La plupart d’entre eux avaient une vingtaine d’années au moment des faits. Ils ont tous achevé une formation ou sont sur le point de le faire.

Le Ministère public requiert une privation de liberté de 30 à 36 mois et, pour quatre des prévenus, une expulsion du territoire suisse. Parmi eux, l’ancien imam de la mosquée, un Libyen qui avait combattu contre le régime du colonel Kadhafi avant de s’installer en Suisse. Le 22 novembre 2016, après la séance d’intimidation, les deux victimes auraient été emmenées dans un bureau où les attendait cet homme de 54 ans ainsi que le président de la mosquée, un Tunisien de 49 ans. Les deux hommes auraient contraint les «traîtres» à avouer leur culpabilité sur une vidéo. Ce qu’ils nient, eux aussi, affirmant qu’ils ont au contraire voulu apaiser la situation. L’ancien imam redoute une expulsion par-dessus tout: «Ce serait ma fin», a-t-il dit devant le juge.

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