A la veille de l’examen, dès lundi par la Commission de santé publique et de sécurité sociale (CSSS) du Conseil des Etats, de la réforme AVS 21, le ton monte à Berne. La gauche est fâchée. «L’alliance des partis bourgeois avant même que nous ayons commencé les débats en commission et que nous ayons fait les approfondissements que ce dossier demande est une provocation», s’emporte la conseillère aux Etats Marina Carobbio (PS/TI).

De quelle alliance parle-t-elle? C’est un article de la NZZ qui a mis le feu aux poudres. Le quotidien zurichois a révélé que les ténors de la politique sociale de l’UDC, du PLR, du PDC et du Parti vert’libéral (PVL) s’étaient rencontrés afin de mettre au point une stratégie commune pour la réforme des retraites. A l’initiative du conseiller aux Etats Alex Kuprecht (UDC/SZ), ils se sont entendus sur quelques principes.

65 ans pour tous avec compensations

L’âge de la retraite des femmes doit être relevé à 65 ans. Cet alignement sur l’âge légal des hommes doit être compensé. En l’occurrence, les femmes doivent avoir la possibilité de toucher une rente partielle dès 63 ans ou bénéficier d’un taux de réduction inférieur en cas de retraite anticipée. Le coût des compensations est estimé entre 400 et 550 millions. L’augmentation de la TVA doit être plafonnée à 0,3 point de pourcentage au lieu de 0,7 selon la version du Conseil fédéral.

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«Nous sommes opposées au relèvement de la retraite des femmes. Les compensations sont largement insuffisantes. Comme les femmes sont victimes de discrimination salariale, elles touchent des rentes plus faibles et un tiers d’entre elles n’ont pas accès au deuxième pilier. Celles des générations de transition seront doublement pénalisées en cas de retraite anticipée», critique Marina Carobbio.

Alliance pas aussi homogène que cela

Le deuxième pilier fait également partie du plan. En juin, les partis de droite ont cosigné deux interpellations identiques, déposées au Conseil des Etats par la présidente du groupe du Centre, Andrea Gmür (PDC/LU), et au Conseil national par le chef du groupe libéral-radical, Beat Walti. Elles demandent que le Conseil fédéral présente en septembre la réforme du deuxième pilier, qui a du retard par rapport à AVS 21.

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Marina Carobbio est surprise: «Le PLR s’était opposé au paquet de la Prévoyance vieillesse 2020 notamment en raison du lien qu’elle faisait entre le premier et le deuxième pilier. Et maintenant il veut à nouveau que les deux soient traités ensemble.» «Nous ne voulons pas les lier. Mais nous demandons au Conseil fédéral de présenter la réforme du deuxième pilier au moment où le Conseil des Etats prendra ses décisions sur AVS 21, c’est-à-dire en septembre», nuance le conseiller aux Etats Damian Müller (PLR/LU).

En fait, l’alliance révélée par la NZZ n’est pas aussi homogène qu’il y paraît. Elle porte sur des principes davantage que sur des détails, à propos desquels il y a encore de grandes divergences d’un parti à l’autre. Par exemple pour les compensations et la flexibilisation de la retraite. Le PLR est ouvert à des compensations plus généreuses pour les femmes que l’UDC. Cela n’empêche pas la gauche de préparer la riposte.