Il y a un an, Nicola Di Giulio, policier lausannois et conseiller communal du Parti libéral-conservateur, demandait à la ville de poser des filets anti-suicide afin que ses ponts ne soient plus le théâtre d’actes désespérés. La municipalité lui répondait par la négative, invoquant que leurs coûts étaient trop élevés et leur efficacité toute relative. D’autant que les statistiques sont à la baisse.

Mais la semaine dernière, une personne se donnait la mort depuis le pont Bessières, en pleine journée «à la vue de toutes et tous, y compris d’enfants», décrit l’élu qui réitère sa demande. «Ce drame aurait pu être évité si la municipalité de Lausanne avait donné un écho positif à ma requête. Depuis mon interpellation, plusieurs personnes se sont suicidées sur différents ouvrages de notre ville. A cause de sa dette de 2,6 milliards, la ville de Lausanne ne peut s’engager à protéger ses habitants.»

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A 100 kilomètres de là, la ville de Berne a installé des filets métalliques sur ses divers ponts, et ce depuis 1998. Ces filets ont permis de diminuer drastiquement le nombre de suicides, au point que San Francisco s’est inspiré de son dispositif pour le Golden Gate Bridge.

A Lausanne, des barrières rehaussées plutôt que des filets

Lausanne a opté pour une autre stratégie. «En 2003, soucieuse de mettre en place des mesures anti-suicide efficaces, la municipalité a consulté l’Office fédéral des routes qui a mis en exergue les mesures appliquées sur le pont du Gottéron à Fribourg en 1997, considérées comme une référence dans ce domaine: soit des mises en place de barrières rehaussées et inclinées vers l’intérieur, empêchant les personnes de prendre pied à l’extérieur des balustrades», explique-t-elle dans sa réponse à Nicolas Di Giulio.

Un épisode de «Brise-Glace», l’un des podcasts du «Temps»:

«Le décès par suicide est la quatrième cause de mortalité précoce après le cancer, les maladies cardio-vasculaires et les accidents. Le taux moyen de suicide a cependant connu une baisse progressive ces dix dernières années en Suisse: 12,7 cas par 100 000 habitants en 2016, contre 16,5 en 2005. Le taux lausannois correspond à la moyenne suisse», indique la municipalité. «Il arrive malheureusement que les trois ponts les plus élevés de la ville soient utilisés à cette fin, mais là encore, le nombre de décès suite à un «saut dans le vide» a favorablement évolué, le nombre de suicides y est entre 1 et 2 par année en moyenne.»

Un coût de 2 millions de francs

«Des raisons techniques, pratiques, financières et patrimoniales plaident en défaveur de la pose de filets, ces derniers devant impérativement être fixés 5 à 10 mètres sous le niveau du trottoir du pont pour être efficaces», juge la municipalité. Leur avantage comparatif par rapport à un système de barrières rehaussées n’a pas encore été démontré à ce jour. Le montant des travaux serait estimé à près de 2 millions de francs. S’y ajouteraient les coûts d’entretien annuels à hauteur de «dizaines de milliers de francs».

Nicola Di Giulio n’est pas convaincu. «Des filets empêcheraient une fois pour toutes ces actes qui sont aussi un danger pour celles et ceux qui passent malheureusement au mauvais moment. Sans parler du traumatisme émotionnel et psychologique que les témoins doivent subir dans ces instants tragiques. Le rehaussement des barrières rend compliqué leur franchissement, mais pas impossible. Pour définitivement tourner la page des ponts lausannois qui se trouvent être les lieux, en Suisse romande, où des femmes et des hommes décident de passer à l’acte, la municipalité doit mettre en place des filets sous les ponts qui viendraient réceptionner celles et ceux qui méritent notre bienveillance et une deuxième chance dans leur vie», insiste l’élu.

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