«On tourne la page à moitié, d’où une frustration»

L e Temps: La signature de la feuille de route permettra-t-elle de tourner la page de bientôt quinze ans de tensions entre la Suisse, le Tessin et l’Italie?

Filippo Lombardi: On tourne la page à moitié. On résout ainsi la question des avoirs italiens en Suisse, mais il reste de nombreux points en suspens. D’où une certaine frustration au Tessin. Il y a certes une feuille de route pour la poursuite des négociations, mais elle ne donne aucune certitude pour l’imposition des travailleurs frontaliers au Tessin, actuellement trop favorable, elle ne dit rien quant à la disparition de la Suisse des listes noires italiennes, qui pèsent sur nos relations économiques. Cet effacement ne se fera qu’au compte-gouttes. Surtout rien ne permet d’espérer pour les banques suisses un accès au marché italien auquel s’opposent les établissements de la Péninsule.

– Comment s’exprime cette frustration au Tessin?

– Nous sommes en pleine campagne électorale. Et cet accord est bien entendu utilisé comme argument pour renforcer un certain populisme. Pour certains partis, le Tessin est l’éternelle victime des mauvais traitements de Berne et de Rome. Pour eux, de toute manière, ces accords ont été mal négociés par Berne. Il est vrai que les Tessinois espèrent que l’augmentation de l’imposition des frontaliers diminue un peu l’attractivité de leur canton pour les salariés italiens.

– Il y a eu tout de même quelques avancées sur la question de la concurrence transfrontalière.

– Effectivement, les élus tessinois à Berne ont obtenu récemment que les artisans italiens qui prennent un chantier en Suisse paient la TVA. Ce qui n’était pas le cas jusqu’ici pour des factures au-dessous de 10 000 francs. Cela faussait la concurrence. Jusqu’à ce que la frustration au Tessin se calme, il faudra toutefois encore du temps. Mais si on parvient, grâce à la feuille de route, à des solutions satisfai­santes pour l’imposition des salariés frontaliers et la suppression des listes noires, qui empêchent les entreprises suisses d’obtenir des contrats en Italie, alors le climat envers celle-ci pourra s’améliorer.