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Malgré la perte de 9 sièges sur 20, la présidente du MCG Ana Roch (au centre) et son parti garderont un rôle d'arbitre dans la prochaine législature. 
© Eddy Mottaz

Elections cantonales

La fin du bloc populiste recentre le parlement genevois

Le Mouvement Citoyens genevois accuse une perte importante de sièges. L’UDC s’est affaiblie. Le Grand Conseil sera fait de deux blocs de droite et de gauche d’égale valeur. Entente et Alternative seront obligés de construire des majorités à géométrie variable

Rabougri, le groupe Mouvement Citoyens genevois (MCG) a fait une entrée plus que discrète, en ce dimanche d’élections cantonales genevoises, dans le hall d’Uni Mail. Le contraste avec 2013 était frappant. Il y a quatre ans et demi, une sorte de fleuve jaune et rouge, les couleurs du parti, avait envahi le lieu où sont organisés débats et proclamation des résultats. Ce dimanche, le groupe est resté dans un coin, comme un boxeur groggy, avant de se désintégrer dans la foule.

La chute est rude pour le MCG. Deuxième parti du Grand Conseil en 2013 avec 20 sièges, il en a perdu neuf. En pourcentage, la formation anti-frontaliers est passée de 19,23% à 9,43% des voix. Vu que l’UDC a également perdu trois sièges pour se fixer à huit, la Nouvelle Force, alliance des deux partis populistes inaugurée en 2013, est quasiment morte. De 31 députés, elle a fondu à 19.

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Mais pour le MCG, tout n’est pourtant pas perdu. Avec 11 députés, il pourra conserver un rôle de pivot dans la législature qui s’ouvrira le 15 mai. «Notre résultat est surtout l’échec cuisant de Genève en Marche, a regretté François Baertschi, secrétaire général du MCG. Cette machine avait été conçue pour nous détruire. Elle a échoué et nous sommes débarrassés d’un parti qui pouvait être dangereux pour la démocratie.»

Le PLR enfin au sommet

Eric Stauffer, ex-élu MCG, a en effet annoncé dans un communiqué que la formation concurrente qu’il avait créée l’automne dernier en vue de ces élections cantonales allait être dissoute, conformément à ses statuts. GeM n’a fait que 4,1%, loin du quorum fixé à 7%.

Les forces populistes affaiblies (Ensemble à Gauche a atteint le quorum de justesse et garde 8 élus), les partis traditionnels sortent grand vainqueurs de ces élections. Avec 28 députés (+4), le PLR atteint pour la première fois à Genève les hauteurs que la fusion des radicaux avec les libéraux leur laissait espérer. En 2009, les deux partis comptaient séparément 31 députés. En 2013, le PLR fusionné s’arrêtait à 24. Ses alliés du PDC sont passés de 11 à 12 députés. L’Entente pèse désormais 40 sièges.

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Les Verts, eux, retrouvent des airs de grande formation, comme à l’époque où deux de ses magistrats, Robert Cramer et David Hiler, régentaient le Conseil d’Etat. Ils ont désormais 15 députés (+5, plus forte progression) et sont le troisième parti du canton. L’écart avec leurs alliés socialistes est passé de 5 sièges à 2. Le PS compte 17 élus (+2). Avec le maintien d’Ensemble à Gauche, l’Alternative est forte de 41 sièges.

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Chercher des majorités

L’Entente (PLR et PDC) et l’Alternative (PS, les Verts et Ensemble à Gauche) se retrouvent donc face à face: 40/41. Selon les sujets, les 11 sièges du MCG et les 8 de l’UDC seront donc bien au centre de grands marchandages. Mais les jeux pourraient également se révéler plus complexes. «J’imagine très bien nouer des alliances avec le PDC», lance par exemple Nicolas Walder, président des Verts.

Dans sa nouvelle configuration, le Grand Conseil genevois va s’animer d’une «dynamique centriste», analyse la présidente du Parti socialiste, Carole-Anne Kast. «Chacun des deux camps va devoir aller chercher des majorités, reprend-elle. L’opposition dogmatique ne sera plus possible. La recherche de consensus va dominer. La configuration va ressembler à la fin de la législature en cours, où le budget a été voté par une majorité PS, Verts, PDC et MCG. Le PLR va donc devoir accepter de mettre de l’eau dans son vin.»

Nicolas Walder: «Cela va pousser les extrêmes, libéraux comme syndicaux, à se rapprocher d’un centre gauche raisonnable. Au moins, ce retour au centre fort nous débarrasse de ce qui a bloqué Genève depuis dix ans, une droite populiste avec laquelle la tentation était forte, pour le PLR, de nouer des alliances.»

Changer de logiciel

Trouver des majorités, pratiquer le consensus. En une journée d’élection, la classe politique genevoise semble avoir radicalement changé le logiciel qui la gouvernait depuis une décennie, durant laquelle les affrontements et les oppositions étaient la règle. Reste à savoir sur quelles bases ces compromis peuvent être trouvés.

«Je peux imaginer construire une majorité sur des sujets précis avec les socialistes, dit Adrien Genecand, président ad interim du PLR et nouvellement élu au Grand Conseil. Mais encore faut-il définir ce qu’est un compromis. S’il s’agit de tout résoudre au centre, cela ne fonctionnera pas. Si, par contre, dossier par dossier, chaque camp se montre prêt à faire confiance à l’autre et à abandonner certains points pour en gagner d’autres, dans une autre négociation, cela pourra devenir intéressant.» Une description qui ressemble à un programme pour la législature qui vient.

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