Classique

Fin de carrière tourmentée pour Charles Dutoit

Les accusations de harcèlement sexuel à l’encontre du grand chef suisse portent un sérieux coup à sa réputation internationale. Les annulations de concerts se succèdent. En Suisse, c’est le mutisme

Mauvais feuilleton pour Charles Dutoit et le monde classique. Les révélations de l’agence Associated Press font des vagues au lendemain de leur publication. En cause, les accusations de harcèlement sexuel portées par quatre femmes contre le grand chef suisse aujourd’hui âgé de 81 ans.

Ces allégations suivent de près celles concernant son collègue américain James Levine il y a quelques semaines. La musique classique n’est pas plus épargnée que les autres sphères par le tsunami déclenché par l’affaire Weinstein.

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Les faits reprochés à Charles Dutoit, qui avait succédé pendant huit ans à James Levine à la tête de l’orchestre du festival de Verbier (VFO), datent de la période allant de 1985 à 2010. Sur les quatre femmes qui dénoncent des actes à caractère sexuel, deux avancent à visage découvert. La soprano Sylvia McNair et la mezzo-soprano Paula Rasmussen font état de contraintes physiques (baisers forcés et autres gestes gravement déplacés). A la suite de ces déclarations, plusieurs orchestres avec lesquels Charles Dutoit collabore depuis de nombreuses années ont rapidement réagi.

Rupture de liens

Le Boston et le San Francisco Symphony ont annoncé mettre un terme à leur collaboration avec le chef. L’orchestre symphonique de Chicago a annulé des concerts prévus, de même que les orchestres de Sydney et de New York. A Philadelphie, la direction déclare n’avoir pas eu connaissance de ces allégations et ne pas avoir d’engagement futur avec lui.

Au Royal Philharmonique de Londres (RPO), dont Charles Dutoit est le chef principal, les responsables ont déclaré avoir «conjointement accepté de le relaxer de ses obligations pour les concerts à venir dans un proche futur». Ces accusations sont «prises très au sérieux» par l’orchestre, qui croit que «la vérité des faits doit être déterminée par le processus légal» et trouve qu’«il doit être donné à Charles Dutoit une juste opportunité de chercher un conseil légal, afin de pouvoir contester ces accusations». Le chef n’a pas répondu aux appels de la presse.

Silence en Suisse

Du côté de la Suisse, c’est le silence. Dans la région de Charles Dutoit, né à Lausanne le 7 octobre 1936, la discrétion est de mise. Chez les organisateurs de concerts ou les responsables de scènes lyriques ou d’orchestres susceptibles de l’inviter à diriger, c’est un prudent «no comment».

Alors qu’on croit savoir que Charles Dutoit devait peut-être diriger à Genève en 2018, Tobias Richter ne désire pas s’exprimer sur cette actualité au nom du Grand Théâtre de Genève. La direction de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), qui a prévu de dévoiler en mars le programme de sa saison du centenaire, ne veut donner aucune information avant cette date, ni commenter les faits reprochés au chef.

Des révélations tardives

Du côté du Verbier Festival, très concerné par cette affaire après celle de James Levine, aucune réponse ne nous est encore parvenue. Quant à l’agence Caecilia, qui invite et fait tourner régulièrement le RPO, aucun commentaire non plus n’a suivi. Reste Migros Classics, qui a accueilli Charles Dutoit avec l’OSR dans ses programmes il y a six ans. Son directeur, Mischa Damev, avoue n’avoir rencontré le chef qu’à cette occasion. Il regrette que, si les accusations s’avéraient fondées après une procédure légale approfondie, ces révélations n’éclatent au grand jour qu’après de longues années, comme pour tous les autres cas de ce type.

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