L’Espagne, qui assure la présidence de l’UE, a annoncé la levée des restrictions de visas Schengen pour des personnalités libyennes, dont le dirigeant Mouammar Kadhafi, dans un communiqué distribué par les Affaires étrangères libyennes à Syrte, en Libye, en marge du sommet de la Ligue arabe.

«Les noms des citoyens libyens inscrits précédemment sur (la liste noire) de l’espace Schengen ont été définitivement supprimés», a annoncé l’UE dans un communiqué. Peu après, un haut responsable libyen a annoncé que son pays levait l’interdiction d’octroi de visas aux Européens de l’espace Schengen.

Après cette annonce, la Libye a estimé samedi soir que la Suisse avait été «vaincue par cette mesure commune européenne», selon un communiqué du ministère libyen des Affaires étrangères.

Le Conseil fédéral avait annoncé cette semaine la levée de sa «liste noire» privant de visas Schengen entre 150 et 188 personnalités libyennes. L’UE attendait que Tripoli biffe en retour les interdictions d’entrée sur son territoire qui frappent les citoyens européens en rétorsion à cette liste.

Göldi: «aucun signe»

Dans un communiqué samedi après-midi, Madrid «déplore et regrette les problèmes et les ennuis engendrés par cette mesure (la liste noire suisse) et espère que cet incident ne se répètera plus dans le futur».

Elle souligne, par ailleurs, «son désir de préserver les bonnes relations entre la Grande Jamahiriya (libyenne) et l’UE, espérant parvenir bientôt à la conclusion d’un accord cadre de partenariat», objet depuis 2007 de négociations entre les deux parties.

Quant à l’otage suisse Max Göldi, il n’en a pas été question. Salah Zahaf, l’avocat de l’homme d’affaires, a indiqué qu’il n’y avait «aucun signe laissant présager de nouveaux développements» concernant la situation de son client. Il ne prévoit «rien de nouveau au moins au cours de cette semaine».

Le ministre espagnol des Affaires étrangères Miguel Moratinos poursuivra dimanche à Syrte sa mission de médiation, a encore indiqué le ministère espagnol.

Dans l’après-midi, des sources diplomatiques avaient indiqué qu’une solution à la crise entre la Suisse et la Libye était «très proche», après un entretien entre le président du Conseil italien Silvio Berlusconi, le chef de la diplomatie espagnole Miguel Angel Moratinos et le premier ministre libyen Baghdadi Ali al Mahmudi, en marge du sommet.

La Suisse dans son bon droit

Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a souligné samedi soir que les restrictions d’octroi de visas à des personnalités libyennes avaient été décidées en conformité avec les règles de Schengen. Cette mesure était motivée par l’enlèvement de deux Suisses à Tripoli.

Les autorités libyennes ont agi en violation du droit international en enlevant les deux Suisses à l’automne 2009 à Tripoli, a indiqué le DFAE dans une prise de position écrite transmise à l’ATS.

Les restrictions sur l’octroi de visa ont été décidées pour «des raisons liées à la sécurité publique et nationale» et «en accord avec l’article 96 du règlement d’application du mécanisme de Schengen», écrit le Département. La Suisse a usé des règles de Schengen conformément au droit «ce qu’a également confirmé l’Union européenne (UE)», poursuit-il.

Un conflit de presque deux ans

Le conflit entre Berne et Tripoli a débuté après l’arrestation en juillet 2008 à Genève d’Hannibal Kadhafi, un des fils du dirigeant libyen, accusé de mauvais traitements par ses domestiques.

En guise de rétorsion, la Libye a arrêté quelques jours plus tard deux hommes d’affaires suisses et les a empêchés de quitter son territoire. Le premier, Rachid Hamdani, a pu regagner la Suisse fin février. Le second, Max Göldi, est incarcéré près de Tripoli.

Après des mois de négociations infructueuses pour obtenir leur retour, Berne a décidé à l’automne de restreindre, pour l’élite libyenne, l’attribution de visas permettant d’accéder aux pays de l’espace Schengen.

Tripoli avait répliqué en février en annonçant à son tour des restrictions de visas à l’encontre des ressortissants des pays de l’espace Schengen, provoquant la colère de plusieurs capitales européennes et finalement une médiation de Bruxelles.