Qu'il est dur d'être un stratège socialiste en période d'ambitions écologistes. Depuis la décision des Verts vaudois de lancer deux candidats dans la course au Conseil d'Etat, le PS est en ébullition. Au soir du 25 octobre, tout le plan échafaudé de longue date par sa direction, conseillers d'Etat en tête, s'est effondré. Il s'agissait de lancer une seule liste à gauche avec les deux socialistes sortants Anne-Catherine Lyon et Pierre-Yves Maillard, le Vert François Marthaler et Josef Zisyadis pour «A gauche toute!» (AGT).

En dix jours, entre l'assemblée des écologistes et le congrès socialistes de samedi, la direction du PS a dû entièrement revoir sa stratégie. Dès le lendemain de la décision verte, le comité directeur du PS s'est réuni pour choisir la voie à suivre. Deux options restaient ouvertes: une liste à trois candidats socialistes, sans vert ni popiste. Ou la reconduite d'une alliance, avec les deux sortants socialistes et Josef Zisyadis.

Verts exclus à l'unanimité

Une seule option est clairement exclue au soir du 26 octobre: l'alliance avec les Verts, malgré la résolution votée par les écologistes proposant une union à cinq. Les socialistes savent, comme les Verts d'ailleurs, que l'extrême gauche n'acceptera jamais un ticket à plus de quatre qui condamnerait Josef Zisyadis. A l'unanimité, le comité directeur a donc rejeté la liste rose-verte.

Les positions sont en revanche partagées sur la stratégie à suivre. Une troisième place socialiste aurait la vertu d'ouvrir le jeu, en mettant en avant un nouveau candidat. Mais elle sonnerait le glas de l'alliance avec AGT. La liste rose-rouge sauverait l'union, mais elle présenterait aux électeurs un bien piètre choix, avec deux sortants et un candidat éternel au Conseil d'Etat.

Cruel dilemme, que le comité directeur tranche par neuf voix contre six: ce sera 2+1. Mais la direction du PS décide aussi de laisser la porte ouverte à d'éventuelles candidatures. Pas question d'être une nouvelle fois pris au dépourvu si le congrès désavoue ses dirigeants. Les membres du comité rappellent donc aux sections locales qu'elles peuvent présenter une candidature jusqu'au premier novembre, au cas où...

Trois papables pourraient briguer un éventuel siège: la députée de Cheseaux Michèle Gay Vallotton, celle de Nyon Fabienne Freymond Cantone, élue municipale en mars et enfin la municipale de Morges Nuria Gorrite.

La direction du PS tient toutefois à sa liste à deux pour accompagner Josef Zisyadis. Après le vote serré du comité directeur, les grandes manœuvres commencent pour convaincre les cadres du parti de la nouvelle stratégie, ardemment défendue par Pierre-Yves Maillard et Anne-Catherine Lyon. Et ce malgré ce paradoxe: le PS a choisi entre ses deux alliés potentiels le plus faible: le POP représente au mieux 6% de l'électorat vaudois, contre au moins 12% pour les Verts.

Vraiment envie de victoire?

De quoi motiver les doutes de certains militants, notamment chez les Verts: en prônant le tout ou rien, le PS veut-il vraiment décrocher cette majorité qu'ils prévoient déjà inconfortable avec Josef Zisyadis?

L'émotion du 25 octobre a sans doute joué un rôle dans son choix. Mais les socialistes ont d'autres raisons de privilégier le POP. Fédérée derrière Josef Zisyadis, l'extrême gauche semble une alliée plus fiable que les imprévisibles Verts, louvoyant de plus en plus entre la gauche et la droite. D'autant plus que le conseiller national a donné des gages de son abnégation: sa croisade contre l'impôt dégressif obwaldien a sauvé un recours du Parti socialiste local moribond. Et le popiste a reconnu certaines erreurs politiques, dont sa candidature contre François Marthaler en 2003.

Sans compter ses liens privilégiés avec les deux socialistes sortants. Il a longuement côtoyé Pierre-Yves Maillard sur les bancs du Conseil national. Et c'est lui qui a nommé Anne-Catherine Lyon secrétaire générale du Département de la justice, de la police et des affaires militaires lorsqu'il était à sa tête. La ministre a d'ailleurs une double raison de prôner l'union avec le POP: elle est furieuse contre Philippe Martinet, le second candidat vert, qu'elle a placé elle-même à la tête de l'Office de perfectionnement scolaire, transition et insertion professionnelle en 2004.

Risque de lynchage des Verts

Ces arguments, répétés par les membres du comité directeur, ont fait leur chemin dans les têtes roses. Mardi, le groupe parlementaire a clairement privilégié le 2+1. Comité directeur et groupe parlementaire unanimes, les cadres du PS peuvent maintenant se consacrer à désamorcer une bombe qu'ils ont eux-mêmes allumée. Excédés par la décision des Verts, ils n'ont pas été tendres avec leurs alliés: «Inexpérimentés», «suicidaires», «ingrats»... Avec de tels exemples, le congrès de samedi pourrait tourner au lynchage public des écologistes. Or le PS pense déjà au second tour, et espère sauver l'alliance.

Les tractations ont d'ailleurs commencé dès mardi, avec la rencontre du «Trèfle», le groupe réunissant les directions des trois composantes de la gauche. Le discours s'est donc considérablement adouci ces derniers jours. «Les Verts sont proportionnalistes et démocrates, remarque aujourd'hui le vice-président Roger Nordmann. Je suis convaincu qu'ils feront finalement les bons choix pour faire triompher la gauche.»