La ministre vaudoise Béatrice Métraux, accompagnée de son collègue Pierre-Yves Maillard, présentait lundi la révision du système de tutelle-curatelle. «Nous sommes satisfaits de cette réforme qui permettra de faire disparaître l’exception vaudoise», s’est réjouie la conseillère d’Etat écologiste devant la presse. Vaud était le dernier canton du pays à imposer à certains de ses citoyens le mandat de curateur, il en sera désormais autrement. Dès le 1er janvier 2018, 50% des curatelles seront prises en charge par des professionnels, 50% par des volontaires. La réorientation vers d’autres services de l’Etat et la mise en place de curatelles spécifiques pour les entrées en EMS assureront une partie des besoins. Mais la prise en charge des pupilles passe aussi par l’appel à la solidarité des Vaudois, afin de faire perdurer «la cohésion sociale du canton», selon les termes de Pierre-Yves Maillard. Une campagne de recrutement de curateurs volontaires sera lancée la semaine prochaine.

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Pas de compétence particulière

Pour quelles raisons accepterait-on de son gré un tel mandat? «La première année, il faut être prêt à investir une cinquantaine d’heures environ», indique un tuteur volontaire connu de la rédaction. «Il faut aussi accepter de s’engager émotionnellement, car quelques fois, les situations des pupilles peuvent être lourdes et chargées. On le fait pour pallier certaines de leurs capacités ou savoir-faire qui font défaut, et on en retire la satisfaction de les voir avec cette liberté en plus. Pour être tuteur, nul besoin d’avoir de compétences particulières; des cours du soir sont proposés à toute personne qui prend un pupille sous son aile. Il n’est pas non plus demandé d’être Suisse.»

Actuellement, le canton compte 12 000 mandats de curatelles. Environ 20% d’entre eux sont assurés par des curateurs professionnels, qui passeront à 50% avec la réforme. Ce transfert devrait entraîner un coût de 11 millions de francs supplémentaires par an. Vaud anticipe ainsi l’initiative du conseiller national socialiste Jean-Christophe Schwaab «qui aurait coûté entre 16 et 18 millions par an», selon la conseillère d’Etat. L’Office des curatelles et tutelles professionnelles (OCTP) envisage un renforcement de ses effectifs et une décentralisation de ses bureaux. Une antenne à Yverdon a déjà été ouverte.

Recherche de volontaires

Pour arriver à cet équilibre de 50-50%, Vaud souhaite recruter 2000 curateurs volontaires d’ici à 2020, puis 500 par an de manière pérenne. Ce qui correspondrait à 20% des demandes, puisque 30% de l’aide apportée aux pupilles provient de leur famille et de leurs proches qui ne demandent pas à être rémunérés. «Le système de curatelles imposé était décrié. Mais il avait aussi ses partisans», déclare Pierre-Yves Maillard, en se référant à l’enquête qu’avait lancée le canton en 2014. «Nous nous sommes rendu compte que des gens appréciaient de faire ce travail. C’est pourquoi nous avons pensé à cette solution médiane.» «Il y a parfois de belles histoires qui sont nées de ces missions confiées par l’Etat», enchérit le président du Tribunal cantonal Jean-François Meylan. Les 5000 actuels curateurs privés actuels ont reçu une lettre les remerciant de leur travail et les encourageant à poursuivre leur mandat.

Pour rendre cette tâche plus attrayante, l’indemnité des volontaires passera de 1200 à 1800 francs par an et par mandat. De nombreuses mesures d’encadrement et de soutien seront en outre prises à différents niveaux, y compris en faveur des assesseurs.

La campagne cantonale de recrutement se fera via le slogan «J’ai choisi». Elle vise à susciter un élan de solidarité de la part de la population afin que des curateurs volontaires puissent mettre leurs compétences administratives et financières ainsi que leur temps libre au service des personnes fragilisées. Le Groupe Action Tutelle s’est félicité de la décision du Conseil d’Etat «pour les pupilles, qui auront enfin droit à des curateurs motivés, disponibles et compétents».