La décision de l'Hôpital n'a fait l'objet d'aucune publicité mais elle a beaucoup secoué ceux qui gravitent autour de la prison. Après trois ans d'intérim et de flottement dans la désignation du nouveau chef du service de médecine pénitentiaire – et àdéfautd'avoir trouvé la perle rare qui cumulerait toutes les qualités nécessaires à ce poste –, la direction des HUG a choisi de diviser le service et de placer soins psychiatriques et somatiques sous des responsabilités différentes.

Une véritable hérésie pour tous les descendants du charismatique professeur Jacques Bernheim qui avait su, à la fin des années 70, imposer à Genève le modèle d'une prise en charge globale du détenu, sous la houlette d'un patron capable de tenir tête aux autorités.

Un modèle qui avait suscité l'admiration dans les autres cantons et même au-delà des frontières. Le professeur Timothy Harding, directeur de l'Institut de médecine légale, qui a aussi longtemps œuvré à la tête dudit service, fait part de son scepticisme: «Je regrette la décision de démantèlement mais j'espère que les nouveaux responsables trouveront un mode de travail qui permette de suivre au mieux une population présentant des pathologies souvent multiples.»

Complexe coordination

Désormais, l'unité de médecine pénitentiaire (qui s'occupe des soins en prison et au quartier cellulaire de l'Hôpital), dirigée par Hans Wolff –lequel a déjà une expérience des populations migrantes et défavorisées –, dépend du service de premier recours du Département de médecine communautaire, avec à sa tête le professeur Jean-Michel Gaspoz.

La psychiatrie pénitentiaire (quartier cellulaire de Belle-Idée, visites à Champ-Dollon et à la Clairière) sera dirigée dès le 1er juin prochain par le docteur Ariel Eytan et placée sous la houlette du Département de psychiatrie du professeur Pandelis Giannakopoulos.

Pour assurer la coordination entre les deux unités, promouvoir une politique de soins concertée et surtout faire le lien avec l'administration, le politique et le procureur général, les HUG ont choisi de nommer l'ancien infirmier-chef de la prison Pierre Brennenstuhl à la tête de ce qui s'appelle désormais le Centre de médecine pénitentiaire. «C'est la première fois qu'on expérimente une telle structure transversale, de surcroît dirigée par un non-médecin», commente Bernard Gruson, directeur des HUG.

L'organigramme s'est ainsi passablement complexifié mais tout le monde tente de rester optimiste. «J'ai de bonnes raisons de penser que les personnes choisies seront ouvertes à une bonne collaboration. Les problèmes sont suffisamment délicats pour que les gens se comportent de manière responsable», estime le professeur Gaspoz.