Affaire Broulis

Fin de règne agitée en terre vaudoise

Pour éviter de nouvelles fuites, le Conseil d’Etat aurait décidé de fliquer les appels téléphoniques de ses membres. Une mesure hors norme qui doit permettre de retrouver une certaine sérénité alors que plusieurs élus ont entamé leur dernière législature

Les conseillers d’Etat vaudois ont donné leur accord pour dévoiler à leurs collègues la liste de leurs appels téléphoniques avec des journalistes. C’est une mesure sans précédent qui, à défaut d’être commentée ou infirmée par le collège, crée un épais sentiment de malaise. Ce nouvel épisode de l’affaire Broulis laisse apparaître un gouvernement acculé.

En quelques semaines, ce qui ne devait être qu’une simple question de répartition des impôts communaux de Pascal Broulis s’est mué en affaire d’Etat. Le refus initial du grand argentier de faire la lumière sur sa situation fiscale a placé le gouvernement dans une position compliquée, assailli par les interpellations des députés du Grand Conseil et les questions insistantes des médias.

Catharsis collective

Surtout, des informations sur le déroulement du débat interne au Conseil d’Etat se sont retrouvées dans la presse. Aucune donnée stratégique n’a certes été dévoilée. Mais des bribes des débats particulièrement houleux ont été rapportées dans les médias, notamment dans un article du pugnace Tages-Anzeiger, qui évoquait les larmes de rage versées par le chef des Finances.

Pour prendre la mesure de la déflagration provoquée par ces fuites dans la presse, il faut reprendre les propos tenus par Pierre-Yves Maillard dans une interview accordée au Temps en janvier 2017: «Une loyauté totale règne. Nous ne sommes pas toujours d’accord mais nous travaillons sereinement, et surtout sans fuite. Le Conseil d’Etat doit être le lieu où l’on peut se parler ouvertement, en toute sécurité.» Celle-ci, visiblement, n’existe plus.

On ignore si le contrôle des téléphones portables vise à éviter de nouvelles fuites ou à débusquer un coupable. Ou si ce contrôle peut avoir la moindre efficacité. Peut-être une mesure aussi extraordinairement méfiante a-t-elle pour but non seulement la sortie immédiate d’une crise de confiance, mais aussi de gérer avec le moins de dégâts possible la fin de règne dans laquelle le gouvernement vaudois est déjà entré.

Plusieurs conseillers d’Etat ont en effet entamé leur dernier mandat. Leur bilan général est au demeurant fort louable, avec notamment le spectaculaire redressement des finances vaudoises. Mais alors qu’allait s’ouvrir le temps des auto-célébrations, l’affaire Broulis a explosé, prenant tout le monde de court et jetant une ombre sur le reste de la législature, qui s’achève en 2022. En vue de cette échéance, cette opération de flicage interne du Conseil d’Etat fait davantage penser à une forme de catharsis collective.

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