«C'est une réforme nécessaire!» Le Conseil d'Etat neuchâtelois in corpore n'a pas ménagé ses efforts, mercredi matin, pour vanter les mérites de son projet de réorganisation de l'administration cantonale. Pour Sylvie Perrinjaquet, présidente du gouvernement, il était urgent «d'améliorer l'unité de matière entre les départements et leur donner un poids plus équilibré». Mais sans en augmenter le nombre. Pour des raisons financières, tout d'abord, mais aussi «au vu de la taille du canton» et «des réserves probables de la population».

Les cinq ministres ont tenu à expliquer d'emblée leur décision de présenter le projet à moins de six mois du terme de la législature. «Nous considérons que l'expérience cumulée des uns et des autres nous place dans les meilleures conditions possibles pour réaliser cette refonte, estime Sylvie Perrinjaquet. En outre, trois d'entre nous (ndlr: Monika Dusong, Thierry Béguin et Pierre Hirschy) se retirent au terme de la présente législature. C'est donc le moment idéal pour changer certaines habitudes.» Le Conseil d'Etat a rappelé que le nouveau collège sera libre d'apporter ses propres retouches. Le Grand Conseil – qui discutera du rapport en janvier 2005 – n'a en effet son mot à dire que sur le nombre et le nom des départements. Pour tout le reste, l'exécutif est souverain.

Le projet gouvernemental concerne tout particulièrement deux dicastères. L'actuel département de Sylvie Perrinjaquet (Finances et affaires sociales) se transforme en «Département des institutions et des finances». Il perd les Affaires sociales mais récupère notamment les Services de justice, de police et de sécurité civile et militaire. Le département de Monika Dusong (Justice, santé et sécurité) devient «Département de la santé et des affaires sociales». Il se défait de la Justice, police et sécurité et gagne le Service de la santé publique, des hôpitaux psychiatriques, de l'assurance invalidité, de l'assurance maladie et de l'action sociale.

Cet important changement a le mérite d'offrir une meilleure lecture de la politique sociale du canton. «Jusqu'ici, quatre départements étaient concernés de près ou de loin par le domaine social, souligne Sylvie Perrinjaquet. Ce n'était plus viable, notamment à l'occasion des conférences intercantonales.»

Les trois autres départements sont l'objet de retouches plus légères. La Gestion du territoire de Pierre Hirschy – département «light» par excellence – prendra ainsi un peu d'ampleur, mais sans changer de nom. Le Département de l'économie publique de Bernard Soguel perd son adjectif et trois services. Enfin, Thierry Béguin voit l'Instruction publique et les affaires culturelles changer de raison sociale pour s'intituler «Département de l'éducation, de la culture et des sports».

Répondant à une certaine logique, cette restructuration suscite une large adhésion, que ce soit parmi les chefs de service, les parlementaires et autres candidats au Conseil d'Etat. Mais certains jugent qu'il aurait été possible d'aller plus loin. Chef du groupe radical au Grand Conseil, Damien Cottier estime qu'une meilleure réunion du domaine social est souhaitable: «Les services s'occupant du chômage et des étrangers restent au Département de l'économie. Il faudra se poser la question.»

Candidat au Conseil d'Etat, où il n'a «aucune préférence» pour l'un ou l'autre des départements, Jean Studer (PS) considère pour sa part qu'il aurait fallu séparer les Services de justice et police. «On a vu que cette proximité pouvait causer des problèmes et qu'il y avait des arbitrages difficiles à faire pour la ministre», rappelle-t-il, faisant référence aux vives tensions qui avaient opposé en 2002 le juge économique Yann Decnaeck et la police de sûreté.

A la fois député, président de la ville du Locle et candidat au Conseil d'Etat, le popiste Denis de la Reussille juge cette réforme «logique» sur le fond. Sur la forme, en revanche, il regrette la nouvelle appellation des départements de l'Economie publique et de l'Instruction publique. «C'est incroyable, s'exclame-t-il. Le mot «public» est en train de devenir tabou dans ce canton.»