Le Temps: Quels sont les premiers enseignements que vous tirez de ce Forum international?

Moritz Leuenberger: Il est intéressant de voir que je retrouve au Forum des transports de Leipzig des représentants que j'ai pu rencontrer précédemment lors de congrès sur l'environnement. Cela démontre que, d'un avis général, la politique des transports est désormais étroitement et durablement liée à l'environnement. C'est la première fois que les thèmes de l'environnement, de l'énergie et des transports sont abordés conjointement lors de ce forum. J'hésite à nous féliciter, mais il faut bien voir que la Suisse a pris conscience de cette réalité depuis longtemps. Elle l'a démontré en réunissant dans un seul département les infrastructures et les questions d'environnement. Les Français ou les Danois suivent aujourd'hui notre exemple.

- La Suisse fait également office de pionnier en appliquant diverses mesures comme la redevance sur le trafic des poids lourds (RPLP) ou le projet de bourse de transit alpin, dont l'objectif est de transférer le trafic de la route vers le rail. Cherchez-vous des appuis pour étendre ces mesures à d'autres pays?

- Tout à fait, mais je ne suis pas le seul à tenter de propager le système suisse. Les leaders d'autres pays louent notre système. Ils réalisent aussi que des incitations sont indispensables. Nous partageons nos expériences pour promouvoir une stratégie à grande échelle plutôt qu'une mesure précise. A l'époque, la RPLP visait à résoudre le problème des congestions de l'axe nord-sud. Aujourd'hui, elle s'inscrit dans un programme plus vaste. Ce forum permet d'établir une vue générale des problèmes à résoudre.

- Les transports publics constituent un élément important de la politique climatique. Or, la question centrale, incontournable actuellement en Suisse, est celle du financement des infrastructures ferroviaires. Ne serait-il pas préférable pour l'Etat de faire des emprunts afin de les concrétiser au plus vite, en partant du principe qu'il est plus souhaitable de léguer une dette financière aux générations futures qu'une dette écologique?

- Je défends le point de vue général qu'il ne faut pas générer des dettes. Ne pas générer des dettes implique qu'on ne restreigne pas la marge de manœuvre des générations futures. Mais, dans le dossier des infrastructures, c'est totalement différent. C'est même plutôt l'inverse qui prévaut. Les prochaines générations profiteront tout autant des réalisations actuelles en matière de transports.

- La Confédération n'est-elle pas encore trop marquée par la psychose des années 1990? Ne devrait-elle pas se montrer plus volontaire en matière d'emprunts?

- Tous les ministres des Finances ont pour ambition de réduire la dette. Je ne fais pas de reproche à Hans-Rudolf Merz, mais je maintiens que le domaine des infrastructures fait exception à la règle.

- Dans le cadre du FTP, le remboursement avec intérêts des avances de la Confédération paraît avoir été calculé sur la base d'un pourcentage trop élevé. Une nouvelle réévaluation permettrait, semble-t-il, de dégager 1,3 milliard supplémentaire. Qu'en pensez-vous?

- S'agissant de cette réévaluation du taux d'intérêt, nous ne pouvons en tenir compte dans la mesure où il y aura toujours des variations vers le haut ou le bas. Pour bien gérer le FTP, il faut pouvoir garder une certaine marge de manœuvre en cas d'augmentation des intérêts. Une meilleure solution serait de prolonger le fonds et d'en élargir les sources de prélèvement, ce qui consisterait à élargir l'endettement.

- D'autres solutions circulent. Notamment, celle que vous aviez évoquée comme dernier recours: une privatisation partielle des CFF. Leur directeur, Andreas Meyer, juge pourtant cette option insuffisante puisqu'elle n'engendrerait qu'une rentrée unique d'argent. Partagez-vous cette analyse?

- Il a tout à fait raison. Le Conseil fédéral a décidé, comme variante pour la procédure de consultation, de geler la croissance des dépenses pour les infrastructures. Cela signifie pour moi que nous pouvons renoncer à tous les projets. On ne peut pas, de bonne foi, exiger la troisième voie d'un côté et geler la croissance de l'autre. C'est pour cette raison que j'ai insinué qu'il faudrait peut-être appliquer des idées folles comme celle d'une cotation en bourse si l'on continue d'enchaîner les programmes d'économies.

- Le partenariat public-privé constitue-t-il une opportunité à saisir?

- Sur le principe, je suis tout à fait favorable, très favorable même. J'ai essayé de mettre sur pied un PPP pour le tunnel du Zimmerberg. Ce fut une déception. Nous aurions pu économiser quelques millions de francs. Cela a pourtant échoué pour des raisons d'intérêts. On me dit souvent que des privés réfléchissent à l'idée de payer une autoroute entre Genève et Lausanne. Mais ils sont moins intéressés dès que l'on entre dans les détails et qu'on leur montre ce que cela implique. Mais je n'ai aucun préjugé contre les PPP, je fais juste un constat sur ma propre expérience.

- Faute de créativité dans la recherche de nouvelles sources financières, il faudra envisager de recourir à de nouvelles taxes ou à un nouveau fonds. N'avez-vous pas l'impression que cela va lasser le citoyen?

- Il faut veiller, quand on crée une nouvelle taxe, à ce qu'elle en remplace une autre. Il n'y a de fait pas de cumul. Quand j'ai évoqué l'idée d'un road pricing à l'échelle du pays, cela constituait une solution de rechange à l'impôt sur les huiles minérales. Aujourd'hui, nous sommes contraints de renouveler continuellement nos méthodes de financement.