«Les grincements de dents semblent programmés.» Si l'on en croit le député PDC et secrétaire de l'Union des Indépendants (UDI) Jean-Yves Gabbud, la nouvelle loi sur le tourisme, actuellement au stade d'un avant-projet mis en consultation, risque de devenir le feuilleton politique de la législature. Particulièrement contestée par tout ce que le Valais compte de sensibilités libérales pures et dures, la disposition qui prône de remplacer les taxes de séjour, d'hébergement et de promotion touristique par un impôt unique prélevé auprès des entreprises et des indépendants sur la base du chiffre d'affaires (1%). Un chiffre corrigé ensuite par l'importance du lien de l'entreprise avec le tourisme et le domicile fiscal.

Rejet des milieux patronaux

«Aberrant de vouloir dynamiser un secteur économique en le grevant par l'impôt», tonnent ainsi en chœur Jacques-Roland Coudray et Thomas Gsponer, respectivement président et directeur de la Chambre valaisanne de commerce. Même rejet de la part de Léonard Bender, patron des radicaux: «Nous sommes pour un système de perception simple, qui ne pénalise pas l'économie, nous rejetons donc cet avant-projet.» L'UDI n'est pas plus tendre: «Tout le monde s'accorde à dire que la charge pesant sur les PME valaisannes ne doit pas être augmentée. Le projet de loi s'engage dans l'optique inverse.»

Et de dénoncer «une distorsion de la concurrence» entre entreprises valaisannes et non valaisannes, entre entreprises œuvrant dans la même station mais dont l'une aurait son domicile fiscal en plaine et qui acquitterait donc un montant d'impôt moindre. L'UDC de son côté ne s'est pas encore officiellement prononcée, mais son secrétaire général Jean-Luc Addor voit déjà plein de défauts à ce «qu'il faut bien appeler un nouvel impôt et qui va toucher tout le monde des PME».

Soutien socialiste

Ce financement du tourisme par les entreprises a tout de même ses partisans. Les socialistes bien sûr qui voient dans un «impôt unique» en lieu et place des trois taxes «un net progrès». Le président du PS Jean-Henri Dumont trouve ainsi justifié «que ceux qui profitent du tourisme passent à la caisse, plutôt que faire comme aujourd'hui du porte-à-porte pour ponctionner nos hôtes». Soutien également, mais nuancé, du PDC qui approuve la mesure tout en proposant de rabaisser le taux d'imposition de 1 à 0,5%, «pour ne pas trop pénaliser le tissu économique valaisan».

Une autre source de financement proposée dans le projet consisterait à taxer les résidences secondaires d'après le nombre de pièces. Les radicaux approuvent le principe. Le PDC aussi mais en suggérant, plutôt que le nombre de pièces, que ce soit la valeur cadastrale qu'on prenne en compte. Histoire de taxer davantage les gros propriétaires: dans le projet, la taxe est en effet plafonnée à 450 francs pour «six pièces et plus». La chambre de commerce estime également que les «propriétaires de résidences secondaires, principaux bénéficiaires d'infrastructures onéreuses», s'en sortent un peu trop bien. Du côté de l'UDI, mais aussi du PS, on s'inquiète également d'un des effets pervers de cette disposition: les propriétaires de mayens, c'est-à-dire en Valais à peu près tout un chacun, seraient soumis à la taxe. Pour y remédier, les indépendants suggèrent qu'une distinction soit faite entre zones à construire et zones mayens.

Taxer les transactions immobilières?

Une autre piste de financement est suggérée par le député PDC de Bagnes Gabriel Luisier, qui propose que les communes puissent facultativement taxer les transactions immobilières. Mesure que les radicaux approuvent également. Les mauvaises langues surnomment pourtant déjà cette proposition «Taxe Morand» du nom du président de Téléverbier qui l'aurait soufflée au député.

On imagine en effet quel pactole une mesure de ce genre pourrait rapporter à la station bagnarde, qui envisage de gros investissements, comme une liaison avec Bruson et son futur village de vacances. Tout cela fait un peu mentir le président du groupe de travail tourisme à l'intérieur du PDC, le député Jean-Albert Ferrez, qui estimait que la suppression des vieilles taxes de séjour et d'hébergement pouvait être transformée en slogan touristique: le Valais, «première région qui ne fait pas payer les gens qu'elle accueille».

Enfin, même si son application est jugée compliquée, l'idée de regrouper les structures du Valais touristique en neuf régions se voit moins contestée. Le PS propose pourtant de ramener ce nombre à trois: «Haut, Centre et Bas». Reste que face au principal point de friction - le financement du tourisme par les entreprises - Fernand Nanchen, le président radical de la commission exta-parlementaire qui a rédigé l'avant-projet, ne se laisse pas démonter, expliquant, dans Le Nouvelliste, trouver normal que «lorsque l'on profite financièrement d'un secteur d'activité, on fasse un geste pour permettre à celui-ci de survivre, même si l'on est radical».