Avec la construction d'un nouveau musée d'ethnographie à leur ordre du jour, les ténors du Conseil municipal de Genève se livreront ce soir à la plus importante passe d'armes de l'année, voire de la législature. Leurs discussions devraient même se poursuivre mercredi, avec un vote final dans la soirée. A la clef, peut-être, un crédit de 73 millions pour financer le projet devisé, avec un écart de plus ou moins 10%, à 98 millions de francs.

Selon le département d'Alain Vaissade, le vote de ce crédit pourrait boucler le budget. Dans le montage financier, si le futur musée d'ethnographie, baptisé l'«Esplanade des mondes», est accepté, 25 millions de francs d'apport extérieur seront nécessaires, voire 35 millions en cas de dépassement de 10%. Où en est la collecte de fonds?

La semaine dernière, la commission des travaux du Grand Conseil a approuvé à l'unanimité l'octroi de 10 millions de francs pour la réalisation du projet de la Ville. Le parlement doit encore entériner cette décision. Par ailleurs, Alain Vaissade, patron de la Culture à Genève, avait annoncé à la commission municipale qu'il demandait à l'Association des communes genevoise (ACG) une participation de 15 millions de francs. Ses prétentions doivent être revues à la baisse. Patrice Plojoux, président de l'ACG, reconnaît que le maire de Genève l'a approché, «mais que l'accord de principe porte sur une subvention de 7,5 millions de francs, versée par tranche de 2,5 millions par an». Rien n'est acquis, les membres de l'association devant encore approuver ce financement lors de leur prochaine assemblée générale. L'exécutif de la Ville pourra toutefois compter sur une participation de 4 millions de francs provenant du Fonds culturel de la SECSA, constitué grâce aux bénéfices du casino de Genève.

Côté fonds privés et mécénat, le projet devrait bénéficier du legs Lancoux, qui a remis à l'Etat 20 000 m2 de terrain en zone villa à Vessy, afin que ceux-ci soient convertis en somme d'argent et investis dans la construction du nouveau musée d'ethnographie. Selon des estimations, les terrains rapporteraient 11,5 millions de francs. Toutefois, le legs précise que la construction doit commencer dans les cinq ans (avant 2004), sinon la somme sera affectée à la rénovation du musée actuel.

Créée pour récolter des fonds, la Fondation pour le nouveau musée aurait déjà obtenu 3,5 millions de francs. Dont 1 million provenant de la banque Pictet et 150 000 francs du parfumeur Firmenich. Les autres mécènes désirent conserver l'anonymat. «Nous avons aussi 3 millions de francs d'intention de donation», précise Jean-Dominique Michel, président de la Fondation. Alain Vaissade aurait lui aussi reçu quelques propositions de mécénat. A propos de la Fondation, les conseillers municipaux ont le projet de lui arroger le devoir de gérer le futur musée d'ethnographie, avec une représentation des collectivités publiques.

En additionnant les apports extérieurs envisagés (l'Etat, l'ACG, le fonds Sesca, le legs Lancoux, le Fonds pour le nouveau musée), cela donne 36,5 millions de francs. Si ces promesses sont maintenues, et pour autant que le Conseil municipal accepte le crédit de 73 millions, le financement du musée d'ethnographie, même avec un dépassement, sera assuré. Si la construction coûte moins que prévu, la participation de la Ville diminuera d'autant.