Le municipal des Finances, le radical Martin Vollenwyder, avait déjà donné l'alerte début septembre. Après neuf années de bénéfices, la Ville de Zurich va retomber cette année déjà dans les chiffres rouges. Pour 2008, la crise bancaire va entraîner un manque à gagner de 260 millions dans les rentrées fiscales des entreprises. Cela devrait se traduire par un déficit de 190 millions de francs. Et les prévisions pour les prochaines années restent sombres. Le budget 2009 que Martin Vollenwyder a présenté mardi table sur un déficit de 197 millions de francs. Le municipal des Finances compte avec un troisième exercice déficitaire en 2010.

Mais il ne croit pas à la fatalité des chiffres rouges. «La Ville, grâce à ses réserves, peut résister à trois mauvaises années. Il ne faut pas céder à la panique maintenant et rendre la situation encore plus dramatique qu'elle n'est déjà.» Le capital propre de 952 millions de francs permettra d'amortir le coup. Fin 2009, il aura fondu à 575 millions de francs.

Le chef des Finances a répété qu'il ne comptait en aucun cas descendre en dessous d'une marge de sécurité de 400 millions de francs. Et qu'il était exclu d'envisager de nouvelles réductions d'impôt tant que ce bas de laine n'aura pas pu être renfloué. «Même si cela ne fait pas plaisir au Parti radical», a ajouté le magistrat, radical lui aussi.

La Ville de Zurich, encore plus que le canton, est particulièrement dépendante du secteur financier. Jusqu'à peu, un sixième des impôts perçus sur les entreprises provenaient des deux grandes banques, UBS et Credit Suisse. Dans une interview donnée au Tages-Anzeiger début septembre, le chef des Finances avait laissé entendre qu'UBS ne paierait vraisemblablement aucun impôt cette année.

Martin Vollenwyder ne se montre quand même pas trop inquiet de cette prépondérance de la finance. «Les entreprises de taille moyenne se portent bien, on fabrique même à nouveau des turbines dans notre zone industrielle. Et les contribuables privés compensent en partie le manque à gagner. La population de la ville augmente, et en particulier des personnes bien formées avec un salaire stable. Les bonus sont allés jusqu'à maintenant aux communes de la Goldküste.»

Le canton aussi mal loti

Il y a deux semaines, le canton de Zurich avait aussi publié des prévisions alarmantes. Après un exercice 2008 presque équilibré, les déficits devraient se creuser les années suivantes. Mais, alors que Martin Vollenwyder a les moyens de faire le gros dos, sa collègue de parti au canton, la conseillère d'Etat Ursula Gut, semble en posture plus délicate.

Car le canton, qui venait de sortir des chiffres rouges, est fortement endetté et n'a pas les réserves de la Ville. Et surtout, après avoir attendu le plus longtemps possible, il vient de présenter un projet d'allégement fiscal destiné aux entreprises et aux très hauts contribuables, de manière à résister à la concurrence des cantons avoisinants. Un paquet qui entraînera dès 2010 un manque à gagner de 850 millions. Il doit passer cette année encore devant le parlement, ce qui promet de belles empoignades.

Le canton doit également faire face à des investissements extraordinaires, avant tout dans le domaine des transports publics. Les partis bourgeois, UDC en tête, réclament déjà une réduction sévère des dépenses.

Genève résiste mieux

La place financière zurichoise, pour la Ville et le canton, se révèle une lourde hypothèque en ces temps troublés. Bâle-Ville a aussi subi des pertes, mais présenté un budget 2009 positif, grâce à l'industrie pharmaceutique. Le budget du canton de Genève est lui optimiste, tablant sur un bénéfice de 68 millions de francs et une forte hausse des investissements. La place financière genevoise, selon le ministre des Finances, David Hiler, est moins exposée à la crise actuelle en raison de sa spécialisation dans la gestion de fortune par des banques privées.

Par ailleurs, le négoce des matières premières, l'horlogerie et le luxe sont des piliers forts de l'économie genevoise, qui n'ont, jusqu'à maintenant, pas souffert des baisses boursières.