Les trois responsables des sociétés financières Norit et Gefipro se sont bien rendus coupables d'un édifice d'escroqueries. En persistant à chercher de nouveaux clients jusqu'au bout pour survivre, le financier brésilien et ses associés valaisans ont agi par métier. Tel a été le verdict, hier soir, de la Cour d'assises de Genève, qui leur a néanmoins accordé la circonstance atténuante du temps écoulé depuis les faits.

Pour le principal accusé, le délit a même été une seconde nature. Le financier n'a cessé de mentir autour de lui, de promettre des profits, d'envoyer des avis de situation fictifs aux investisseurs et il a persisté «sans vergogne jusqu'au bout». Les jurés ont estimé que les administrateurs valaisans étaient eux aussi au courant, dès 1990 au moins. Anciens banquiers, ils ne peuvent simplement se retrancher derrière la confiance qu'ils avaient dans le Brésilien.

L'un des deux avait finalement admis les faits. Mais le troisième accusé persistait à contester sa responsabilité, son avocat ayant plaidé l'acquittement. Selon la Cour, la situation ne pouvait lui échapper. Cela en raison des contacts permanents qu'il avait avec son collègue au sein d'une petite structure, où les pertes massives des sociétés imbriquées et les gains fictifs attribués aux clients n'étaient un secret pour personne.

Les deux Valaisans ont donc agi comme coauteurs. La Cour a toutefois considéré qu'ils étaient alors sous l'ascendant du financier brésilien. Ce dernier, par son aura et son charisme, a ainsi exercé une pression concrète et constante pour maintenir le groupe à flot. Les trois n'ont en revanche pas fait preuve de repentir sincère.

Mais le jury a tenu compte des sept ans passés depuis la chute des sociétés, en 1994, qui a laissé un préjudice d'au moins 100 millions pour ses nombreux clients. Il suit le défenseur du Brésilien, qui avait fustigé les lenteurs dues à l'enquête. «Une justice qui donne la fessée des années après ne prend pas ses responsabilités et n'a pas de sens», avait affirmé Me Alec Reymond. Le réquisitoire et les plaidoiries sur la peine reprennent ce matin.