«Ne pas nier à la fois la culture de la société locale et les aspirations également culturelles d'une grande partie des touristes d'aujourd'hui qui ne veulent plus être uniquement considérés comme des corps sur des skis.» Ce genre de conseils, tirés d'ouvrages spécialisés, abondent dans le mémoire de licence que le jeune géographe de Finhaut, dans la vallée du Trient, Sandro Benedetti a présenté à l'Université de Lausanne. Une thèse qui possède l'originalité d'avoir été écrite en parallèle avec la réalisation de ce qu'elle voulait démontrer: la nécessité de repenser fondamentalement le tourisme alpin. Ainsi la commune a-t-elle confié à ce natif de l'endroit (vénitien, le père de Sandro Benedetti s'est installé à Finhaut en 1965, lors de la construction du barrage d'Emosson, avant d'épouser une villageoise) l'aménagement de trois sentiers didactiques inaugurés ce samedi.

«Certes, concède Sandro Benedetti, chaque station veut faire son sentier à thème, parce que c'est à la mode. Mais la plupart ne se préoccupent pas ensuite de le vendre. Notre idée est de rentabiliser ces sentiers en canalisant vers les villages de la région les 150 000 touristes qui visitent chaque année le site d'Emosson.» Mieux, selon le géographe, «de tels parcours de découverte devraient permettre également aux habitants du lieu de se réenraciner, de s'approprier ou se réapproprier toute une histoire».

La carte du tourisme doux

Les sentiers de Finhaut ont été réalisés dans le cadre de la Conférence transfrontalière Mont-Blanc, dont l'un des objectifs est la mise en application des principes du développement durable. Bref, Finhaut veut jouer à fond la carte du tourisme doux. Le paradoxe veut pourtant que la même commune depuis quinze ans se batte avec les organisations de défense de l'environnement pour imposer un projet de tourisme «dur», à savoir l'installation de remontées mécaniques. Apôtre d'un changement de cap radical, Sandro Benedetti défend pourtant ce projet: «En hiver, la région est économiquement sinistrée et le tourisme doux impossible, à cause des nombreux couloirs à avalanches. Et puis on oublie souvent que le développement durable comprend trois axes: économique, social et environnemental. La difficulté consiste à trouver un point d'équilibre entre ces notions.»

Trois sentiers donc permettent de sillonner la région: le premier, «A travers Finhaut», raconte quartier par quartier l'histoire du village. Le deuxième, dit «Balcon du Mont-Blanc», conduit de Finhaut (1305 mètres) jusqu'au Six Jeur près d'Emosson (2062 mètres) qui offre une vue sur les Alpes particulièrement bouleversante. A travers huit postes d'observation, la randonnée est l'occasion d'en apprendre un peu plus dans des domaines aussi divers que le rôle protecteur de la forêt, l'agriculture de montagne, l'étagement de la végétation dans les Alpes, les changements climatiques et leurs impacts ainsi que l'utilisation des plantes.

Il y a 230 millions d'années

On peut aussi y découvrir des curiosités, telles les empreintes de pieds et de mains gravées dans la roche en 1927 par un personnage de légende, Louis Lugon-Moulin, dit «Louis des six doigts» et qui effectivement possédait six doigts à chaque membre. Convoyeur postal et paysan de montagne, il refusa toujours les propositions qu'on lui fit d'embrasser la carrière de monstre de foire. Côté botanique, on apprendra à se méfier de l'aconit tue-loup, une plante qui contient dans ses racines un poison mortel: une seule goutte diluée dans de l'eau et appliquée sur l'œil d'un cheval suffit à le faire mourir sur-le-champ.

Troisième sentier: celui des dinosaures, qui conduit d'Emosson jusqu'au fameux site où 800 empreintes de reptiles préhistoriques ont été découvertes en 1976 par un géologue français en vacances. C'est là l'occasion de refaire toute l'histoire des Alpes, surgies il y a 35 millions d'années de la collision entre la plaque continentale européenne et la plaque africaine. Les dinosaures d'Emosson ont laissé leurs traces il y a 230 millions d'années dans la lagune d'un océan évidemment disparu. Pour le sentier du Mont-Blanc, comme pour celui des dinosaures existe une brochure explicative qui passe sans cesse du milieu naturel que le randonneur a sous les yeux à une explication théorique, et vice versa. De quoi éviter aux touristes de se transformer en crétins visitant les Alpes.

Renseignements: Office du tourisme de Finhaut: 027 - 768 12 78.