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«Fini la Rouge» a emporté son secret dans la tombe

Cette communiste autrichienne, qui vient de décéder à l’âge de 78 ans, a probablement réussi à mettre à l’abri 130 millions d’euros qui appartenaient à l’ex-RDA. Un cas encore ouvert devant les tribunaux suisses

Elle a emmené son secret dans la tombe. Rudolfine Steindling, surnommée «die rote Fini» (Fini la Rouge), était probablement la seule à savoir où ont disparu 130 millions d’euros provenant d’une société-écran de l’ex-Allemagne de l’Est (RDA). Cette communiste autrichienne, veuve d’un juif hongrois, résistant antinazi, est décédée à l’âge de 78 ans.

Acolyte de la SED, le parti communiste au pouvoir en ex-RDA, elle avait réussi, à la chute du Mur, à transférer l’équivalent de 250 millions d’euros sur des comptes en Autriche et en Suisse. Même après sa mort, «Fini la Rouge» pourrait encore occuper la justice helvétique. Car l’Allemagne tente depuis plus de vingt ans de récupérer ce qu’elle considère devoir lui revenir de l’ancien trésor de la RDA.

Depuis 1983, Rudolfine Steindling gérait seule la société de commerce Novum par laquelle transitait une grande part des affaires d’import-export de l’ex-RDA. Et notamment les commissions importantes que les entreprises occidentales désireuses de commercer avec l’Etat communiste devaient y déposer. On trouvait parmi les clients aussi bien des groupes allemands comme Bosch, que les entreprises suisses BBC et Ciba-Geigy. Rudolfine Steindling, selon un portrait paru en 2010 dans le magazine autrichien Profil, était à tu et à toi avec tous les pontes de la SED, mais aussi, en Autriche, avec les directeurs de banque, magnats de l’industrie et politiciens.

Des contacts qui lui ont certainement été précieux lorsqu’il s’est agi de vider les comptes de Novum après l’effondrement de la RDA. Entre 1990 et 1991, Rudolfine Steindling, en multipliant les opérations pour brouiller les pistes, transfère l’argent vers une filiale à Zurich de la Österreichische Länderbank (devenue Bank Austria, filiale du groupe italien UniCredit), avant de le faire disparaître sur des comptes d’épargne et autres dépôts anonymes. Au moins l’équivalent de 250 millions d’euros, dont elle a toujours prétendu qu’ils appartenaient au parti communiste autrichien.

La justice allemande a pu récupérer un peu moins de la moitié de cette somme, mais 130 millions d’euros manquent toujours à l’appel. En mars 2010, la Cour suprême du canton de Zurich avait condamné Bank Austria à verser à la République fédérale d’Allemagne un peu plus de 128 millions d’euros ainsi que les intérêts pendant toute la période, soit environ 240 millions d’euros. Un jugement confirmé après cassation en mars 2012. Mais qui n’est pas encore définitif. Bank Austria a fait recours devant le Tribunal fédéral, a indiqué une porte-parole de la Cour suprême du canton de Zurich.

Rudolfine Steindling vivait le plus souvent près de sa fille en Israël, écrit AFP. Cette vieille dame, connue pour son faible pour les tailleurs Chanel et le champagne, s’était fait remarquer pour ses dons spectaculaires en faveur de la Fondation à la mémoire de l’Holocauste commis par les nazis à l’encontre des juifs, Yad Vashem, et du Musée Theodor-Herzl, le fondateur du sionisme.

Personnage mystérieux, «Fini la Rouge» fréquentait cependant le «Tout-Vienne». Elle y parrainait le Musée Sigmund-Freud, l’Opéra populaire (Volkstheater) ou encore le ballet de l’Opéra de Vienne (Staatsoper), le tout en évitant soigneusement les médias.

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