Les transports publics du canton de Vaud seraient-ils à l'aube d'une profonde révolution? C'est ce qu'espère la Communauté d'intérêts pour les transports publics (Citrap), qui vient de remettre un rapport au conseiller d'Etat François Marthaler, chargé des Infrastructures. Son objectif: que la multitude de petites compagnies du canton fusionnent pour ne former plus qu'une seule société. L'idée n'est pas nouvelle: Daniel Mange, professeur à l'Ecole polytechnique fédérale et fondateur de la section vaudoise de la Citrap, défendait déjà ce principe dans nos colonnes en 1999.

Aux oubliettes, l'idée d'une fusion des compagnies est redevenue d'actualité après une série de coups de boutoir infligés par la Confédération au réseau régional. Berne a menacé de diminuer de 60 millions de francs son soutien au trafic régional en 2005, soit environ 5 millions pour le seul canton de Vaud.

L'année suivante, les petits trains vaudois sont passés à un cheveu de la catastrophe: la Confédération souhaitait confier aux cantons la charge du réseau dit «complémentaire», avec à la clef une nouvelle facture de 16 millions de francs chaque année au budget vaudois. Si la commission des transports et communication du Conseil national a renvoyé la copie au Conseil fédéral, la menace plane toujours sur les lignes périphériques.

Et pour 2007, le Conseil fédéral propose de couper 30 millions à sa subvention pour le trafic régional.

Face à cette déferlante, la seule issue est dans l'audace, affirme Daniel Mange. Plutôt que de se recroqueviller sur les compagnies existantes, il faut mettre en place une véritable société apte à résister aux coupes budgétaires, et même à dégager de nouveaux moyens pour améliorer le réseau.

Toujours selon le rapport, les avantages d'une fusion à l'échelle du canton seraient multiples. Sur le plan financier d'abord, elle permettrait des économies d'échelle, notamment dans le secteur de la formation du personnel, de l'administration ou de l'achat de matériel. Elle renforcerait également le poids des transports vaudois dans les discussions avec leurs partenaires, des CFF à la Confédération. Une façon de sauver les lignes déficitaires en les unissant aux plus rentables.

Fusion par étapes

Mais le chemin est encore long avant que la «Compagnie vaudoise des transports publics» voie le jour. La Citrap verrait bien une évolution progressive. Par exemple en commençant par constituer des compagnies à l'échelle des sept bassins de transports identifiés par le canton (Nord vaudois, Broye, Riviera, Chablais, région de Nyon, de Morges et de Lausanne, voir infographie). Puis de forcer à fusionner les sociétés de taille comparable pour réduire à trois grandes entités. La première réunirait les compagnies d'Yverdon à Nyon et Morges, la deuxième celles de la Broye au Chablais, et la dernière conserverait les transports de la région lausannoise. De ces trois régions naîtrait finalement la compagnie vaudoise unique.

Les dirigeants des quinze compagnies vaudoises de chemin de fer et des quelques sociétés de bus ont reçu cette semaine le rapport. Mais la Citrap s'attend déjà à des réactions froides. «Le mieux qui pourrait nous arriver, c'est de créer la polémique, remarque Daniel Mange. Que nous ayons l'occasion de prendre notre bâton de pèlerin pour aller expliquer notre idée auprès des compagnies concernées.»

Un réseau homogène

Mais rien ne se fera sans l'investissement de l'Etat. La loi sur les transports publics, votée en 1990, lui donne le pouvoir de conditionner ses subventions à des rapprochements, voir à des fusions de compagnies, rappelle la Citrap. Reste à convaincre le canton, et son ministre des Infrastructures François Marthaler, qui ne cache pas son peu d'enthousiasme (lire ci-contre).

Et à persuader que le projet n'est pas qu'une simple vision de l'esprit. Comment expliquer par exemple la nécessité pour les Transports publics de la région lausannoise (TL) de s'unir à une ligne régionale comme celle du Bière-Apples-Morges (BAM)? «Nous sommes de plus en plus dans une situation urbanisée, réplique Daniel Mange. L'étalement urbain et les difficultés de logement dans les agglomérations ont transformé les aimables petites lignes campagnardes en de véritables lignes suburbaines. De plus en plus nous assistons à une indifférenciation du trafic urbain et du trafic suburbain. Une compagnie unique aurait justement l'avantage de faciliter la mise en place d'un réseau homogène.»