L’euphorie de 2016, qui a vu le canton de Vaud accepter à 87% le modèle cantonal de nouvelle imposition des entreprises, est retombée avec l’échec de la réforme fédérale. La Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie (CVCI), qui constate que la fiscalité cantonale reste parmi les plus lourdes, réclame des allégements rapides. Questions à sa directrice, Claudine Amstein.

Le Temps: En quoi le moment est-il, comme vous l’assurez, si critique?

Claudine Amstein: Parce que la fiscalité évolue autour de nous. L’Italie ou le Portugal attirent les riches contribuables, des baisses importantes de l’imposition des dividendes sont en vue aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, Emmanuel Macron veut supprimer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Ici nous souffrons d’un manque de visibilité. Il est pressant de mettre en œuvre la nouvelle fiscalité des entreprises.

Vous réclamez la mise en œuvre rapide dans le canton de Vaud de la RIE III plébiscitée par les Vaudois. Craignez-vous vraiment qu’il n’en soit plus question?

Le nouveau projet fédéral, Projet fiscal 17, va prendre du temps. Avec le délai référendaire, il restera très peu de temps pour le mettre en œuvre pour le 1er janvier 2019. Nous demandons donc au gouvernement vaudois de mettre en œuvre de manière autonome le taux unique de 13,8% sur les entreprises, sans attendre que se concrétise la compensation que la Confédération devrait mettre à disposition des cantons touchés par la réforme. Vaud a bien mis en application de manière anticipée le volet social de la RIE III, soit la hausse des subventions à l’assurance maladie. Il doit en être de même pour le volet fiscal!

Vous qualifiez le canton de «terre punitive», c’est à deux pas de l’enfer fiscal…

Nous avons assisté entre 2005 et 2016 à une véritable explosion des recettes fiscales: +55% et même 120% pour les seules personnes morales. En comparaison, le coût de la vie a augmenté de 2%, la population de 20% et le PIB de 36%. Il y a quelques années, nous comprenions qu’il faille assainir les finances de l’Etat, aujourd’hui nous attendons un juste retour pour l’économie.

Vous critiquez l’impôt sur la fortune. Faut-il le supprimer?

Idéalement oui, mais je suis une pragmatique! Le canton doit en tout cas se repositionner car cet impôt y est l’un des plus élevés de Suisse. Il pénalise en particulier les PME familiales. Du fait de la valorisation des actions qu’il possède, un patron de PME touchant un revenu de 150 000 francs risque de devoir payer plus de 60% d’impôt.

Vous visez les impôts sur les bénéfices, la fortune, les successions aussi. Ne faudrait-il pas surtout alléger l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes?

Dans l’urgence de la présente législature, il faut achever la réforme fiscale des entreprises. Ce sont elles qui créent des emplois, des revenus d’impôt. Nous souhaitons certes aussi diminuer l’imposition des personnes physiques, en travaillant non seulement sur le taux mais aussi sur le barème, mais il faut procéder étape par étape.

Plutôt que d’articuler des propositions par brochures et conférences de presse, pourquoi ne pas actionner comme levier la majorité de droite au parlement cantonal?

Là aussi les choses viendront en leur temps. A ce stade, la mise en œuvre de la RIE III cantonale dépend du Conseil d’Etat, tandis que pour le Projet fiscal 2017, on est encore en pleine consultation.

Pascal Broulis, le ministre des Finances PLR, est-il sous influence? Lui reprochez-vous de ne pas défendre suffisamment les besoins de l’économie?

Je ne lui reproche rien du tout. Le Conseil d’Etat est à majorité de gauche. Un bon compromis a été réalisé avec la RIE III, maintenant il faut faire le pas suivant.