Réformes

Fiscalité-AVS: Christoph Blocher sort l’UDC du pétrin

Réunis à Amriswil (TG), les délégués de l’UDC optent, une fois n’est pas coutume, pour la liberté de vote. Le parti est mal à l’aise face à un projet qui a été concocté dans son dos par ses adversaires

Christoph Blocher a parlé. Et la base du parti a suivi. Comme il l’a fait après les pertes subies par l’UDC aux élections législatives zurichoise, le tribun continue de donner le ton. Au printemps 2018, l’UDC a été piégée par les autres formations politiques, qui, dans son dos, ont discrètement élaboré ce qui se nomme désormais la réforme fiscale et le financement de l’AVS (RFFA). Née sur les cendres de deux projets refusés par le peuple en 2017, la troisième réforme de l’imposition des entreprises (RIE III) et la Prévoyance vieillesse 2020 (PV 2020), ce paquet comprend un nouveau mode de taxation de sociétés ainsi qu’une compensation sociale sous la forme d’une injection de 2 milliards dans le fonds AVS.

Ficelé en douce par le PDC, le PS et le PLR, ce paquet a plongé l’UDC dans un profond embarras. Lorsqu’elle a pris connaissance du résultat de ces tractations, le parti de Christoph Blocher a réagi dans la cacophonie la plus totale. Vice-présidente du parti et membre du comité d’Economiesuisse, Magdalena Martullo-Blocher a déclaré en juin 2018, dans une interview publiée dans Le Temps et le SonntagsBlick, qu’elle pouvait «être d’accord de lier les deux sujets» de la réforme fiscale, «très importante» à ses yeux, et des retraites. Au même moment, le chef du groupe Thomas Aeschi tentait de mobiliser ses troupes pour faire bloc contre ce projet.

Lire aussi: La réforme fiscale et le financement de l’AVS sur un seul bulletin

Le slalom de Magdalena Martullo-Blocher

Lors des débats parlementaires, une majorité politique claire s’est dessinée en faveur de ce projet. Dans ce cadre, le groupe UDC s’est montré divisé comme jamais: 45 voix contre et 17 voix pour au Conseil national, 4 contre et 2 pour au Conseil des Etats. La confusion était telle que Magdalena Martullo-Blocher a fini par voter contre la RFFA, se ralliant à la majorité du groupe. Invitée à s’exprimer dans le cadre d’une interview sur ce sujet, elle refuse aujourd’hui de s’exprimer, concentrant son engagement contre l’accord-cadre institutionnel.

La votation populaire a lieu le 19 mai. Samedi, les délégués du parti, réunis à Amriswil (TG), étaient invités à émettre leur recommandation de vote. Oui? Non? Liberté de vote? Les pronostics étaient incertains. Ils l’étaient d’autant plus que les partisans et les adversaires se sont mobilisés en amont pour convaincre les délégués du parti.

Dans le camp des partisans, il y a les deux conseillers fédéraux, en particulier Ueli Maurer, président de la Confédération et chef du Département des finances. Il y a les Romands, dont la vice-présidente Céline Amaudruz, fermement déterminée à empêcher son parti de rejeter la RFFA. Il y a encore les cantons, qui ont envoyé deux émissaires de poids à l’assemblée d’Amriswil samedi: les conseillers d’Etat Heinz Tännler, de Zoug, et Ernst Stocker, de Zurich. «Ce projet est important pour les cantons, notamment pour ceux qui sont financièrement forts, comme Zoug, Bâle-Ville, Genève et Vaud. La moitié de l’argent qu’ils versent dans la péréquation financière vient des sociétés à statuts spéciaux que la RFFA vise à conserver en Suisse», argumente Heinz Tännler.

Jean-François Rime contre Thomas Aeschi

Il y a aussi les milieux économiques. Economiesuisse, bien sûr, mais aussi l’Union suisse des arts et métiers (USAM), qui a clairement pris position pour le projet et dont le président, Jean-François Rime, est lui-même membre de l’UDC. «Le volet fiscal nous est imposé par l’OCDE. Nous devons agir. Alors autant la liberté de vote que continuer à discuter indéfiniment», explique le Fribourgeois.

Face à ce camp déterminé à décrocher un oui de la base du parti, il y a Thomas Aeschi. Le chef du groupe avait préparé un argumentaire en sept points très offensif, qu’il comptait exposer avec la hargne qu’on lui connaît mais qu’il a finalement renoncé à présenter.

Les armes, l’Europe, le climat et les élections

Et il y a Christoph Blocher. Vendredi soir, lors de la séance du comité directeur, il est intervenu pour proposer la liberté de vote. Il a convaincu la direction du parti, qui l’a suivi par 34 voix contre 11. Epaulé par plusieurs membres influents du parti, il a fait de même samedi à Amriswil. «Nous sommes dans le pétrin. Quoi que nous décidions, ce sera faux!» a-t-il lancé aux délégués en plaidant pour la liberté de vote. Ceux-ci ont suivi sa recommandation par 289 voix contre 60.

L’UDC se tiendra ainsi en retrait de la votation sur la RFFA et pourra se concentrer sur ses priorités: combattre la loi sur les armes, l’«hystérie climatique», l’accord-cadre institutionnel et la libre circulation des personnes, et, surtout, éviter de répéter à l’échelle nationale les pertes subies à Zurich. Christoph Blocher a profité de la réunion d’Amriswil pour mener de discrètes discussions à sujet.

Publicité