C’est une tendance de fond dans les pays de l’OCDE: les réformes vont vers une retraite flexible, avec des avantages financiers pour ceux qui allongent leur vie active. La Suisse aussi envisage d’assouplir son système avec une retraite «à la carte» entre 62 et 70 ans et la possibilité d’améliorer sa rente en travaillant plus longtemps. Le parlement devra en débattre prochainement. Dans son message sur la réforme de l’AVS 21, le Conseil fédéral estime que cette mesure pourra inciter les personnes à travailler jusqu’à l’âge de référence de 65 ans, voire au-delà.

Or cela pourrait rester un vœu pieux: flexibiliser la retraite ne suffit pas à inciter à travailler au-delà de l’âge de référence de 65 ans, affirment des chercheurs de l’Université des sciences appliquées de Zurich (ZHAW). Pour réaliser cette étude financée par le Fonds national suisse (FNS), les chercheurs ont examiné les modalités de départ à la retraite dans quatre pays ayant introduit des systèmes de retraite flexibles.

Entre les années 1970 et 2000, en période de crise économique, on a promu les départs à la retraite anticipés. Aujourd’hui, face à l’urgence de combler les déficits, on est plutôt dans l’optique d’assouplir ou d’élever l’âge de la retraite. «On part du principe que les individus seront en bonne santé et qu’ils voudront poursuivre leur activité après l’âge de la retraite», dit l’étude de la ZHAW. Or ce n’est pas ce que les chercheurs zurichois observent. Deux tiers des quelque 2500 personnes interrogées dans les pays aux systèmes de retraite flexibles ont cessé leur activité entre le début et le milieu de la soixantaine. Ils étaient 43% à partir à la retraite avant 65 ans.

Pas d’influence sur le volume de travail

«La flexibilisation de l’âge de la retraite a sans doute d’autres avantages, mais pas celui d’allonger la vie active. Il faudra trouver d’autres incitatifs – comme des conditions de travail plus attrayantes – si l’on veut encourager le maintien des personnes âgées sur le marché du travail tout en préservant l’acquis de l’AVS, qui a permis de réduire la pauvreté des personnes âgées et d’éviter une précarisation financière des retraitées et retraités telle qu’on l’observe aux Etats-Unis», souligne Isabel Baumann, cosignataire de cette étude.

La chercheuse cite une autre étude parue dans le journal Economic Policy en 2018, portant sur les pays de l’OCDE, qui corrobore ces résultats. Où l’on observe que, dans les pays qui ont introduit un système flexible, les gens travaillent un peu plus longtemps mais à un taux d’activité réduit. Résultat: le volume de travail total – qui définit les revenus et les contributions à la prévoyance – n’a pas augmenté.

L’étude de la ZHAW s’intéresse à l’effet des régimes de prévoyance des quatre pays observés sur les trajectoires des travailleurs. Elle compare deux systèmes sociaux-démocrates, la Suède et le Danemark, avec des prestations généreuses et des systèmes libéraux, comme le Chili et les Etats-Unis, où les prestations de retraite sont plutôt faibles. Dans les pays qui offrent des prestations moins élevées, les personnes ont tendance à allonger leur vie active – sauf celles souffrant de problèmes de santé, plus nombreuses à prendre une retraite anticipée quel que soit le niveau de prestations. Mais là encore, le niveau de prestations n’est pas décisif sur le choix des travailleurs: la majorité d’entre eux continue de partir à la retraite tôt, autour de 60 ans.