Le discours prononcé en octobre 2009 par les Transports publics genevois (TPG) a fait rêver plus d’un usager. Les nouveaux distributeurs de billets, fabriqués par la société ­allemande Höft & Wessel (H&W), étaient qualifiés de «bijoux technologiques […] dont l’utilisation a été simplifiée au maximum […] soit une première mondiale offrant des possibilités de synergie inédites […] et s’inscrivant dans une stratégie commerciale ambitieuse, la plus agressive jamais menée à ce jour…» Ces 720 automates de dernière génération – venus remplacer les 650 appareils développés il y a dix ans et livrés en 48 heures par l’entreprise genevoise IEM – étaient attendus courant 2010. La régie publique autonome n’en a jusqu’à récemment reçu qu’une cinquantaine. «Des déficiences techniques» (logiciel et matériel) découvertes sur les prototypes plantés aux arrêts de Rive, Cornavin et Bachet-de-Pesay, ont conduit à un ajournement de la livraison… de près de deux ans!

Qui est censé prendre en charge les pénalités de retard? «Ce sujet fera l’objet de négociations lors du décompte final, au terme de la livraison complète», explique Isabel Pereira, porte-parole des TPG. En vertu de l’Accord intercantonal sur les marchés publics, le montant de ces pénalités est toutefois plafonné à 10% du budget global du marché adjugé.

Malgré ces déboires, les TPG affirment que plus de 265 nouvelles machines viendront garnir le réseau ­genevois d’ici au mois prochain. «Un déploiement intensif est en cours», nous résume-t-on. Entre-temps, la facture a gonflé de quelque 235 000 francs. Comment? Le prix du lot d’armoires en acier inoxydable a initialement été adjugé à près de 17 millions, soit plus de 23 000 francs l’unité. Conformément à l’appel d’offres international de l’époque, la gamme commandée devait se décliner en trois modèles: 670 appareils standards, dont 200 autonomes fonctionnant uniquement à l’énergie solaire, et 50 de «luxe», avec notamment la possibilité de payer par carte de crédit. «Tous les appareils commandés disposeront à présent d’un tel lecteur», indiquent les TPG. Si la distinction entre moyen et haut de gamme tombe, cette adaptation correspond surtout à un coût supplémentaire de 500 francs par automate.

Prochain motif d’inquiétude: les 200 machines solaires. La technologie photovoltaïque d’H&W est basée sur l’expérience d’Almex, un équipement informatique développé par sa filiale britannique Metric, elle-même spécialisée dans la conception et la commercialisation de terminaux pour parking. Seul hic: cette société a vendu, par le truchement de l’entreprise helvétique Taxomex, des horodateurs solaires à la Ville de Plan-les-Ouates. «Il a fallu tous les changer car ils tombaient sans arrêt en panne», déplorent les autorités communales. Contactés, les responsables d’H&W n’ont pas souhaité s’exprimer.

Pour leur part, les TPG se disent confiants. «Le développement de cette solution suit son cours, relève Isabel Pereira. Des prototypes sont en phase de test dans nos locaux au Bachet-de-Pesay. Il est prévu de les essayer en conditions de terrain dès cet automne.» Pour des sources proches du dossier, l’idée d’autonomiser des appareils solaires avec un écran aux dimensions identiques que celles prévues ailleurs sur le réseau est parfaitement illusoire. Bien que ne comportant pas de paiement par carte de crédit (fonction également trop énergivore), il faudrait fréquemment changer les batteries ou les recharger sur secteur pour que la machine offre un rendement adéquat.

Quid de la cart@bonus, exempte de frais de transaction, plus rapide et financièrement moins risquée que la carte de crédit? «Sur les quelque 400 000 clients TPG, la moitié est attachée à ce type de paiement», reconnaît Philippe Anhorn, chargé de communication des TPG. Or, les nouveaux distributeurs n’acceptent pas ce système.

Un compromis politique transitoire, consistant à faire cohabiter les deux générations de distributeurs de billets (avec et sans carte prépayée), a été mis en place fin mars. Les nouveaux modèles H&W peuvent intégrer – c’est d’ailleurs le cas de 70 d’entre eux sur le réseau M2 à Lausanne – la cart@bonus. «Pour des questions de coût, de format et d’opportunité, nous ne souhaitons pas adapter les nouveaux automates avec cette technologie développée par IEM», conclut Philippe Anhorn. Vu l’attachement que suscite ce mode de paiement, il n’est pas exclu que les TPG le ressuscitent, mais sous une autre forme. Les usagers peuvent donc continuer d’en rêver.

Les cart@bonus peuvent fonctionner sur les nouveaux automates réadaptés. Les TPG s’y refusent